Je commence par la mise en garde, parce qu'elle compte. Je n'ai pas de diagnostic de trouble explosif intermittent. Mes diagnostics à moi, c'est le trouble du spectre de l'autisme (TSA), le TPL et le TDAH.
Mais j'ai lu la description de ce trouble plus souvent que j'aimerais l'avouer, et chaque fois, quelques lignes tombent un peu trop proche. Alors voici le billet que j'aurais voulu lire quand un ami a commencé à appeler mes explosions des robplosions, il y a presque vingt ans. Les faits d'abord, ensuite les questions que j'ai dû me poser.
C'est quoi, le trouble explosif intermittent
Le trouble explosif intermittent est un trouble de santé mentale reconnu. Selon la Mayo Clinic (en anglais), il se caractérise par des épisodes répétés et soudains d'explosions de colère ou d'agressivité, sans commune mesure avec ce qui les a déclenchés. Dans la vraie vie, ça peut vouloir dire crier, menacer, casser des affaires, et parfois pire.
Quelques détails de cette page qui valent la peine d'être connus :
- Les épisodes sont souvent courts, généralement moins de 30 minutes.
- C'est un trouble à long terme, mais il peut devenir moins intense avec l'âge.
- Le traitement passe par la psychothérapie, et parfois par des médicaments.
L'expression clé, c'est « sans commune mesure ». Tout le monde se fâche. Le trouble explosif intermittent, c'est quand la taille de la réaction n'a rien à voir avec la taille du problème, et que ça revient encore et encore.
Ce que je reconnais, et ce que je ne reconnais pas
Le côté démesuré, oui. Une petite affaire, une réaction énorme. C'est pas mal la définition d'une robplosion. Toute l'histoire est dans Pourquoi j'explose pour des riens (la robplosion).
La vitesse, oui. Ça montait vite, ça culminait vite, et c'était fini avant que je comprenne ce qui venait d'arriver. Puis un drôle de soulagement, suivi d'un bout de regret beaucoup plus long.
Mais c'est là que je deviens prudent. Avec le diagnostic de TSA en main, quand je regarde en arrière, une bonne partie de mes explosions arrivaient après de la surcharge. Trop de bruit, trop de monde, trop d'heures à faire semblant. Ça ressemble plus à une crise autistique qu'à un trouble à part. Et certaines, pour être honnête, c'était juste un boss qui criait parce qu'il avait appris que crier, ça marche. Un peu. Des fois. Pas toujours. Chose certaine, ce n'est pas du leadership, et ce n'est pas une leçon dont je suis fier.
Donc : des affaires qui ressemblent au trouble explosif, des crises autistiques, et du bon vieux mauvais caractère. Je ne sais pas dans quelles proportions. C'est justement pour ça que c'est une question pour un professionnel, pas pour un blogue.
La différence avec une crise autistique ou une colère ordinaire
Mon croquis de profane. Rien de clinique là-dedans.
La colère ordinaire reste à peu près proportionnelle. Quelqu'un vous fait un coup, vous êtes fâché, ça passe. La page du NHS sur la colère (en anglais) la traite comme une émotion normale qui devient un problème quand elle nuit à votre vie.
La crise autistique est une perte de contrôle causée par la surcharge. Elle vient d'une accumulation sensorielle, émotionnelle ou d'information, et elle arrive souvent avec des signes avant-coureurs qu'on peut apprendre à voir. J'en parle dans Crise autistique ou crise de colère? La version adulte.
Le trouble explosif intermittent, c'est un pattern d'explosions bien plus grosses que le déclencheur, qui reviennent, et qu'un clinicien ne peut pas mettre sur le dos d'autre chose.
Ce dernier bout est le plus important. Les crises de colère peuvent venir de bien des places, et une bonne évaluation sert surtout à faire le tri.
Ce qui peut ressembler au trouble explosif intermittent
D'après ce que j'ai lu et vécu, ça vaut la peine de mettre ces affaires-là sur la table avec un médecin :
- La dépression. Chez les hommes surtout, elle n'a pas toujours l'air triste. Des fois, elle a l'air fâchée. J'en parle dans Quand la colère, c'est de la dépression.
- L'autisme, avec des crises de surcharge.
- Le TDAH, qui vient souvent avec de la difficulté à réguler ses émotions. Celui-là, je l'ai.
- Le trauma. Le NHS mentionne que des gens qui ont vécu des événements traumatisants développent parfois un TSPT, qui peut mener à des explosions de colère.
- L'alcool et les drogues. Le NHS note aussi que les substances rendent certaines personnes plus agressives. Ça a fait partie de mon portrait pendant des années. Je n'ai pas touché à la cocaïne ni à l'héroïne depuis seize ans.
Souvent, il y en a plus qu'un. Chez moi, c'est certain.
Comment se faire évaluer au Québec
Si vous lisez ceci en hochant la tête un peu trop, ne vous diagnostiquez pas à partir d'un site web. Le mien compris.
Au Québec, la page du gouvernement sur les soins en santé mentale donne les portes d'entrée : Info-Social 811, votre médecin de famille ou votre GMF, votre CLSC, ou un organisme communautaire. Les services publics en santé mentale sont gratuits.
Arrivez avec des notes. À quelle fréquence ça arrive, ce qui déclenche, combien de temps ça dure, ce qui se passe après, et si vous avez déjà blessé quelqu'un ou cassé des choses. C'est inconfortable à écrire. Écrivez-le quand même.
Où est la limite
Trouble explosif ou pas, l'effet sur les gens autour de vous est le même. Si les gens qui vivent avec vous ont peur de vous, c'est de la violence, et un diagnostic n'y change rien. C'est à vous d'aller chercher de l'aide. SOS violence conjugale répond jour et nuit au 1 800 363-9010 pour toute personne qui vit dans la peur à la maison. Si c'est vous qui explosez, le NHS est clair : agir de façon violente ou abusive, c'est une raison de consulter un médecin.
Le côté pratique, pour reprendre le contrôle, est dans Comment j'apprends à contrôler mes crises.