Longtemps, j'ai pensé que la peur de l'abandon, c'était pour les autres. Le monde qui s'accroche. Ceux qui envoient quinze textos de suite. Moi, je m'accrochais pas. J'étais le gars qui partait le premier, chaque fois, et j'ai pas vu ça comme un pattern avant que la thérapie, il y a quelques années, m'oblige à le regarder.
C'est la même peur. Juste habillée autrement.
D'où vient la peur de l'abandon chez l'adulte? Honnêtement, il y a rarement une seule cause. La plupart des sources pointent quelques racines qui se recoupent : un attachement insécure dans les premières relations, de la négligence ou des pertes pendant l'enfance, des traumas, pis une longue série de vrais rejets. Chez certaines personnes, ça s'inscrit dans quelque chose de plus large, comme le trouble de la personnalité limite (TPL) ou l'anxiété de séparation. Psych Central (en anglais) les présente bien. Le point commun, c'est que la peur s'est apprise. À un moment donné, ton système nerveux a conclu que les gens partent, et il se prépare au choc depuis ce temps-là.
L'attachement, ou la première leçon sur le fait que les gens restent
La théorie de l'attachement, c'est la grosse pièce. L'idée : la façon dont les adultes qui t'ont élevé répondaient quand t'avais besoin d'eux devient un modèle pour toutes tes relations proches par la suite. Si le réconfort venait pis repartait, tu peux grandir anxieux, toujours en train de vérifier si l'amour est encore là. S'il venait à peu près jamais, tu peux grandir évitant, convaincu que t'es mieux de pas avoir besoin de personne.
Psych Central mentionne que la recherche relie la peur de l'abandon à l'attachement insécure, surtout le style anxieux. J'en ai lu assez pour me reconnaître dans les deux colonnes. Pas le genre de premier de classe que je voulais être.
Je vais pas fouiller mon enfance en public. J'ai jamais cherché une cause unique là-dedans, et je suis pas sûr que ça m'aiderait d'en trouver une. Ce que je connais, c'est comment le modèle se comporte aujourd'hui, dans la mi-cinquantaine.
Les pertes, la négligence, les traumas
Ici, c'est moins de la théorie que de l'arithmétique. Si des personnes importantes sont parties, sont mortes, buvaient, explosaient ou étaient juste pas là, un enfant apprend que la proximité peut disparaître sans avertissement. La page du NHS sur le trouble de la personnalité limite (en anglais) note que beaucoup de personnes avec un TPL ont vécu des traumas ou de la négligence dans l'enfance, et la peur de l'abandon est au cœur du TPL.
Pas besoin que ce soit spectaculaire, non plus. La négligence émotionnelle, quand t'avais à manger et un toit mais que personne te voyait vraiment, fait ses dégâts en silence.
Être le différent, encore pis encore
C'est la racine dont la recherche parle le moins et que je sens le plus dans ma propre vie.
J'ai reçu mon diagnostic de trouble du spectre de l'autisme (TSA) seulement à 50 ans, en pleine dépression nerveuse pendant les années COVID. Avant ça, j'ai eu 50 ans d'être « bizarre » sans savoir pourquoi. Les tics pis les habitudes. Les obsessions qui avaient du sens pour moi et pour personne d'autre.
Quand t'es l'enfant différent, tu ramasses une tonne de petits rejets. Aucun n'est un gros événement. Personne les note. Un groupe se tait quand t'arrives. Un ami glisse vers du monde plus facile. T'apprends à lire les pièces de très près, parce que tu vérifies tout le temps combien de temps il reste avant qu'ils en aient assez de toi. Je pense que ça devient une forme d'entraînement à l'abandon, même si techniquement personne est parti. J'explique comment ça se joue dans pourquoi je pars avant qu'on me quitte.
Je peux pas prouver ce lien-là avec une étude. C'est ma lecture de ma propre vie. Mais j'en ai lu assez venant d'autres adultes diagnostiqués sur le tard pour savoir que je suis pas le seul à le penser.
Quand ça fait partie d'autre chose
Des fois, la peur de l'abandon est le symptôme d'un trouble qui mérite de vrais soins.
- Le TPL. Le CAMH (en anglais) nomme parmi les signes une peur intense d'être seul ou abandonné, et de l'agitation même pendant de courtes séparations.
- L'anxiété de séparation. C'est pas juste une affaire d'enfant. Des adultes l'ont aussi.
- La dépression et les troubles liés au trauma. Les deux peuvent faire sonner chaque silence comme un adieu.
Le premier de la liste, c'est le mien. J'ai un diagnostic de TPL, en plus du TDAH et du TSA. J'ai creusé comment ça s'emmêle dans TPL, autisme ou trauma?
À quoi ça ressemble chez les gars
Une dernière affaire, parce que je pense qu'on la manque souvent. L'image classique, c'est quelqu'un qui s'accroche. Beaucoup d'entre nous s'accrochent pas. On devient froids. On se trouve ben occupés. On se fâche. On part une chicane pour que le départ ait une raison.
Dans la liste des signes de Psych Central, il y a le retrait émotionnel et la consommation pour composer avec la peur. Je vais juste laisser ça là. La consommation a fait partie de ma vie, et ça fait seize ans que j'ai pas touché à la cocaïne ni à l'héroïne. Avec le recul, je pense qu'une partie de ma consommation servait à pas sentir cette peur-là précisément. C'est une théorie après coup, pas un diagnostic.
Savoir d'où ça vient, est-ce que ça aide?
Un peu. Moins que je l'espérais.
Connaître les racines a pas arrêté la peur. Elle arrive encore avec l'air du gros bon sens : « il ou elle s'éloigne, sors avant ». Ce qui a changé, c'est que c'est devenu moins personnel. Ça a arrêté d'avoir l'air d'une preuve que je suis pas aimable, et ça a commencé à ressembler à une vieille alarme trop sensible. Une alarme, ça se travaille. « Je suis pas aimable », pas vraiment.
Le travail se fait surtout en relation. Une thérapie qui regarde l'attachement et les émotions aide, comme les habiletés de la thérapie comportementale dialectique (TCD), que le CAMH nomme parmi les traitements du TPL. Au Québec, la porte d'entrée publique, c'est le 811 ou ton CLSC, et la page santé mentale de Québec.ca explique les étapes. Si tu pars de zéro, ce qui se passe à la première séance de thérapie peut enlever un peu d'angoisse.
Si tout ça t'amène vers quelque chose de plus noir que la peur, les numéros pour ton coin sont sur la page Besoin d'aide maintenant.