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Abandon et TPL

Perdre mon père à sept ans

Avertissement : cet article parle de suicide. Si ça va mal en ce moment, parlez d'abord à quelqu'un. L'article va encore être là.

La réponse courte

Comment la perte d'un parent dans l'enfance nous affecte-t-elle à l'âge adulte?

Perdre un parent enfant augmente le risque de problèmes de santé mentale plus tard. De grandes études nordiques y associent plus de dépression chez les jeunes adultes et un risque de suicide environ doublé, encore présent 25 ans après, surtout si la perte arrive très jeune. La plupart des enfants endeuillés s'en sortent, et le soutien aide.

Mon père est mort quand j'avais sept ans.

On était cinq à la maison : ma mère, mon père, mes deux sœurs, des ados d'une dizaine d'années plus vieilles que moi, et moi. Mon père travaillait de 15 h à 23 h chez Northern Telecom. Un soir d'octobre, en revenant à la maison, il s'est arrêté au dépanneur pour acheter du lait. Un chauffeur ivre l'a frappé.

Il y a d'autres traumatismes autour de cette nuit-là. Je les garde pour moi.

Ce dont je veux parler, c'est de l'après, et de ce que la recherche dit sur les enfants comme celui que j'étais. Thérapie à huit ans. Thérapie familiale à neuf. Un travailleur social à quatorze. Parti à dix-huit. Quelque part là-dedans, j'ai pris une habitude que j'ai encore aujourd'hui : je pars avant qu'on me quitte.

Alors, comment la perte d'un parent dans l'enfance nous affecte-t-elle à l'âge adulte? En bref : elle augmente le risque de problèmes de santé mentale plus tard, dont la dépression, et l'effet peut durer des décennies. La plus grosse étude que j'ai trouvée a suivi 7,3 millions de personnes dans trois pays. Elle montre aussi que la plupart des enfants endeuillés ne finissent pas en crise. Un risque, ce n'est pas un destin. Le soutien aide.

Ce que la grande étude de registres a trouvé

Les pays nordiques tiennent des registres nationaux des naissances, des décès et des soins hospitaliers. Les chercheurs peuvent donc suivre des populations entières pendant des décennies. Une équipe dirigée par Mai-Britt Guldin a utilisé les registres du Danemark, de la Suède et de la Finlande, de 1968 à 2008, et a publié ses résultats dans JAMA Psychiatry en 2015.

Sur 7,3 millions de personnes, environ 189 000 avaient perdu un parent avant 18 ans. Les chercheurs les ont comparées à des enfants qui n'avaient pas vécu ça.

Ce qu'ils ont trouvé, en mots simples :

  • Les enfants qui avaient perdu un parent avaient environ deux fois plus de risque de mourir par suicide plus tard.
  • Ce risque plus élevé était encore là au moins 25 ans après le décès.
  • Il était plus haut quand le parent était mort par suicide, mais il augmentait aussi pour les autres causes de décès.
  • Les enfants qui avaient perdu un parent très jeunes, avant six ans, faisaient partie des plus à risque.

Maintenant, la partie qui compte autant. En chiffres absolus, sur 25 ans, ça donnait environ 4 garçons endeuillés sur 1 000 et 2 filles sur 1 000. Le risque est réel, et la grande majorité de ces enfants s'en sont sortis. Ce n'est pas un détail. Si vous avez perdu un parent jeune, ces chiffres sont une raison de prendre votre santé mentale au sérieux. Pas une prédiction.

Une autre étude suédoise, menée auprès de plus de 860 000 personnes et publiée dans le Journal of Child Psychology and Psychiatry en 2016, s'est penchée sur la dépression chez les jeunes adultes. Perdre un parent d'une maladie ou d'une autre cause naturelle venait avec une petite hausse du risque. Le perdre par suicide, accident ou homicide, avec une hausse plus forte. Et les enfants qui avaient perdu un parent d'âge préscolaire étaient plus à risque que ceux qui l'avaient perdu à l'adolescence.

L'âge compte, donc. Sept ans, ce n'est pas l'âge préscolaire. Ce n'est pas quinze non plus.

J'écris ça en tant que quelqu'un qui a fait une tentative de suicide en 1998 et qui est encore là. Si quelque chose ici touche un point sensible, les numéros d'aide sont en bas. Je suis sérieux.

Le deuil à sept ans ne ressemble pas au deuil à quarante ans

Un enfant de sept ans n'a pas les mots. On ne dit pas « je vis un deuil ». On agit autrement, c'est tout. En colère, peut-être. Trop tranquille, peut-être. Bizarre, d'une façon que les adultes n'arrivent pas à expliquer.

On m'a mis en thérapie à huit ans. Je ne sais pas exactement pourquoi, à part l'évidence. Ce que je peux vous dire, c'est qu'un enfant qui a vécu ça ne finit pas son deuil à huit ans. Ça revient à chaque âge, et chaque fois, on comprend un peu plus ce qu'on a perdu.

Autre chose. Dans mon cas, le deuil est tombé sur un cerveau que personne n'avait encore compris. Je n'ai reçu mon diagnostic de trouble du spectre de l'autisme (TSA) qu'à 50 ans. Pendant des décennies, je ne pouvais pas savoir ce qui venait de la perte, ce qui venait du câblage, et ce qui était juste moi. Je ne le sais pas complètement aujourd'hui non plus. J'ai arrêté de vouloir tout classer.

La peur de l'abandon est-elle liée à la perte d'un parent?

Pour moi, je pense que oui. Je ne peux pas le prouver. Mais je le sens.

Si la personne la plus importante dans le monde d'un enfant peut être là, puis ne plus être là, la leçon rentre creux : le monde disparaît. On n'a pas voix au chapitre. Ma façon de gérer ça, sans jamais l'avoir décidé, ç'a été de m'arranger pour partir en premier. Des amitiés, des jobs, des villes, des pays. J'en parle dans pourquoi je pars avant d'être quitté.

La perte dans l'enfance fait partie des racines qu'on nomme souvent pour la peur de l'abandon, avec l'attachement insécure et les rejets à répétition. Je les ai passées en revue dans d'où vient la peur de l'abandon. Je ne pense pas qu'un seul décès m'explique au complet. Mais je mentirais si je disais que ça n'a rien à voir.

Ce qui aide, de là où je suis

Je ne suis pas intervenant en deuil. Voici ce que je dirais à un adulte qui a perdu un parent jeune et qui se demande pourquoi certaines affaires le frappent aussi fort.

Dites-le à quelqu'un qui est formé pour l'entendre. Pas comme la première phrase de votre histoire de vie, racontée cinquante fois, mais pour vrai. Ça m'a pris des décennies.

Surveillez le réflexe de sortie. Quand quelqu'un se rapproche et que vous avez tout à coup une liste de raisons de partir, demandez-vous d'où vient la liste.

Ne laissez pas les statistiques vous faire peur. Elles parlent d'un risque sur des millions de personnes. Vous êtes une personne, et aller chercher de l'aide change vos chances.

Et si vous êtes au Québec et que vous ne savez pas par où commencer, appelez Info-Social 811, option 2. C'est gratuit, jour et nuit, et on peut vous orienter vers du soutien au deuil ou une autre ressource près de chez vous.

Les questions qu'on pose

La perte d'un parent dans l'enfance a-t-elle des effets à l'âge adulte?

Ça peut. De grandes études de registres associent la mort d'un parent pendant l'enfance à plus de dépression chez les jeunes adultes et à un risque de suicide plus élevé, parfois des décennies plus tard. Perdre un parent très jeune comporte plus de risque.

Est-il trop tard pour vivre le deuil d'un parent mort quand j'étais enfant?

Non. Le deuil de l'enfance revient souvent à l'âge adulte, parce qu'on comprend la perte autrement en vieillissant. En parler avec un thérapeute ou dans un groupe de deuil peut aider, même 40 ans plus tard.

Perdre un parent peut-il causer la peur de l'abandon?

C'est une des racines reconnues, avec l'attachement insécure et les rejets répétés. Un enfant qui perd un parent peut apprendre que les gens disparaissent sans avertissement. Ça peut ressortir plus tard en s'accrochant, ou en partant le premier.

Où trouver du soutien pour le deuil au Québec?

Commencez par votre CLSC ou par Info-Social 811, option 2, gratuit et ouvert 24 heures sur 24. On peut vous diriger vers des services de deuil et des groupes communautaires de votre région.

Sources

  1. Guldin et al., Incidence of Suicide Among Persons Who Had a Parent Who Died During Their Childhood, JAMA Psychiatry (2015)
  2. Berg, Rostila et Hjern, Parental death during childhood and depression in young adults, J Child Psychol Psychiatry (2016)
  3. Québec.ca, Info-Social 811
  4. Québec.ca, Étapes pour obtenir des soins et services en santé mentale
  5. Suicide.ca

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