Pendant la plus grande partie de ma vie, l'après-robplosion se passait comme ça. J'explose. Je me sens mal. J'évite la personne. J'attends que ça passe. Je fais comme si de rien n'était. Peut-être, quelques jours plus tard, un « désolé pour l'autre jour, j'étais stressé » marmonné entre deux portes.
C'était toute ma méthode. Espérer que ça passe.
Alors si vous vous demandez comment s'excuser après avoir perdu patience, voici ce que j'ai appris, surtout en le faisant mal d'abord. Attendez d'être vraiment calme. Retournez voir la personne. Dites ce que vous avez fait, précisément. Oubliez le « mais ». Ne lui demandez pas de vous consoler. Demandez ce dont elle a besoin. Puis changez quelque chose, pour que la prochaine excuse ne soit pas une reprise de celle-ci.
Ce dernier bout, c'est le plus dur. Je les prends un à la fois.
Attendre que le corps redescende
Avant, je m'excusais trop vite. Encore à cran, le cœur qui bat, et l'excuse devenait le deuxième round. « Je m'excuse d'avoir crié, mais faut que tu comprennes... » et c'était reparti.
Le NHS (en anglais) suggère de se donner le temps de penser avant de réagir. C'est pareil pour s'excuser. Dix minutes, une heure, une marche. Assez longtemps pour être capable d'écouter l'autre sans se mettre sur la défensive.
Mais n'attendez pas des jours. C'est l'autre piège, et c'était le mien.
Retourner voir la personne, même quand tout en vous veut partir
Celle-là est personnelle. J'ai une vieille habitude de partir avant qu'on me rejette. Après une crise, la honte et cette habitude-là font équipe, et la petite voix dans ma tête dit : de toute façon, c'est fini, alors pars le premier. Évite-la. Disparais un peu.
Ça donne l'impression de se protéger. Pendant ce temps-là, l'autre reste tout seul avec ce que vous avez fait.
Alors maintenant, quand je peux, je retourne voir la personne le jour même. Même si c'est juste : « J'ai dépassé les bornes. Je ne suis pas prêt à en parler comme du monde, et je vais y revenir. » Ça donne du temps sans abandonner personne. (J'en parle plus dans Partir avant d'être quitté.)
Dire ce qu'on a fait, précisément
« Désolé si tu t'es senti mal », ce n'est pas une excuse. « Désolé pour l'autre jour » non plus.
Une vraie excuse ressemble plus à : « J'ai crié après toi devant tes amis. » Ou : « J'ai claqué la porte et je suis parti pendant que tu parlais encore. » C'est inconfortable à dire à voix haute. C'est un peu le but. Ça montre qu'on sait ce qui s'est passé, et qu'on n'espère pas que l'autre l'ait oublié.
Ensuite, nommez l'effet, du mieux que vous pouvez le deviner. « Ça t'a mis mal à l'aise. » « Ça t'a probablement fait peur. » Puis taisez-vous une seconde et laissez l'autre vous corriger.
Oublier le « mais »
Tout ce qui vient avant le « mais » s'efface. « Je m'excuse d'avoir crié, mais tu sais comment je suis quand... » La personne entend juste la deuxième moitié.
Même chose pour les explications. J'ai un TSA. Après mon diagnostic, j'étais tenté de commencer chaque excuse par ça. « C'était une crise autistique, j'étais en surcharge. » Des fois, c'était même vrai. Mais commencer par ça, ça transforme l'excuse en plaidoirie.
Ce qui marche mieux pour moi : m'excuser d'abord, au complet, sans condition. Plus tard, si l'autre veut comprendre ce qui se passait, là j'explique. L'explication a sa place. Elle vient en deuxième, et seulement si on la demande. J'en parle dans Crise autistique ou crise de colère? La version adulte.
Ne pas lui demander de vous consoler
Celle-là, ça m'a pris une éternité à la voir.
Ma honte parle fort. Alors je m'excusais, puis je partais en vrille. « Je suis un mauvais gars, je sais pas pourquoi tu m'endures. » Et la personne que je venais d'engueuler finissait par me rassurer. Elle avait été blessée, et en plus, elle faisait le travail émotif pour que je me sente mieux de l'avoir blessée.
Si vous avez une estime de vous dans les talons, comme moi, surveillez ça. Vivez votre honte de votre bord, ou avec un psychologue. L'excuse, c'est pour l'autre.
Demander ce dont l'autre a besoin, puis changer quelque chose
« Est-ce qu'il y a quelque chose dont tu as besoin, là? » Puis écoutez pour vrai. Peut-être de l'espace. Peut-être d'en parler. Peut-être que l'autre n'est pas prêt à pardonner, et ça lui appartient.
Ensuite vient la vraie réparation, et elle passe par le comportement. Une excuse sans changement, c'est juste une version plus polie du même cycle. Pour moi, ça a voulu dire apprendre mes signes avant-coureurs, dire « j'ai besoin de dix minutes » avant d'exploser, et aller chercher de l'aide. Tout ça est dans Comment j'apprends à contrôler mes crises.
Celles que je n'ai jamais faites
Il y a des gens de mes années Raincity, à Vancouver, à qui je ne me suis jamais excusé. Des employés, des collègues, du monde qui a mangé une robplosion pour quelque chose qui ne le méritait pas. J'en ai perdu plusieurs de vue. Si je pouvais, je leur dirais que ce n'était pas à cause d'eux, et que je suis désolé.
J'en parle parce qu'une réparation n'a pas de date d'expiration. S'il y a quelqu'un à qui vous en devez une, un court message, sans excuses bidon et sans rien demander en retour, peut encore vouloir dire quelque chose. Assurez-vous juste que c'est pour l'autre, pas pour vous sentir plus léger. Et s'il ne répond pas, c'est son droit.
Quand dire pardon ne suffit plus
C'est la partie la plus importante de ce billet.
Si vous vous excusez pour la même affaire encore et encore, les excuses finissent par ne plus vouloir dire grand-chose. Si les gens qui vivent avec vous ont peur de vous, de vos cris, de vos menaces, des objets cassés, de tout geste physique, c'est de la violence. Des excuses ne règlent pas ça. Aller chercher de l'aide, oui. Et gérer votre colère n'a jamais été leur job.
Sandra, ma conjointe, a vécu avec les quinze dernières années de tout ça. Rien de ma colère n'a jamais été à elle de porter.
Si c'est vous qui avez peur, appelez SOS violence conjugale au 1 800 363-9010, gratuit et confidentiel, jour et nuit. Si c'est vous qui explosez, appelez Info-Social 811 ou prenez rendez-vous avec votre médecin de famille. J'ai aussi écrit Vivre avec les crises, et où est la limite pour les conjoints et conjointes.
Toute l'histoire derrière est dans Pourquoi j'explose pour des riens (la robplosion).