Le gars qui fait des crises, c'est moi. Un ami les a baptisées robplosions il y a presque vingt ans, à l'époque où je dirigeais une agence web à Vancouver et où je pétais les plombs sur le monde chaque fois qu'un problème atterrissait sur mon bureau. J'ai crié contre des gens que je respecte. J'ai crié contre des gens que j'aime.
J'écris donc ça de l'autre côté de la cuisine. Pas en expert, et pas comme la personne qui a dû vivre avec. Comme celui qui l'a fait, et qui a dû regarder en face ce que c'est pour les gens dans la pièce.
Si vous vivez avec une personne qui explose, ce billet est pour vous. La plus grande partie parle de ce qui aide vraiment au quotidien. Mais une chose passe en premier, parce qu'elle est plus importante que tout le reste.
Où est la limite?
Si vous avez peur de la personne, la limite est dépassée. Des menaces, bloquer la porte, briser ou lancer des objets, contrôler où vous allez ou qui vous voyez, vous faire mal, ou réorganiser toute votre vie pour ne pas la faire sauter. Ce n'est plus une mauvaise passe. C'est de la violence, et la raison derrière n'y change rien. Le TSA, une enfance difficile, le stress, l'alcool, un diagnostic. Ça peut expliquer. Ça ne rend pas ça correct, et ce n'est pas à vous de porter ça.
Pas besoin d'être certain avant d'appeler. Au Québec, SOS violence conjugale est gratuit, confidentiel et ouvert 24/7 au 1 800 363-9010, ou par texto au 438-601-1211. Aux États-Unis, la National Domestic Violence Hotline répond au 1-800-799-7233. En danger maintenant, faites le 911. Les autres pays sont sur la page Besoin d'aide maintenant.
Si ce n'est pas votre situation, si c'est bruyant et épuisant mais que vous n'avez pas peur, continuez à lire.
Qu'est-ce qui aide quand on vit avec quelqu'un qui explose?
Rien de ça ne règle sa colère. Ça, c'est sa job, et j'y reviens plus loin. Ce sont les choses qui rendent une maison avec des crises plus vivable, pour vous deux.
Apprenez les signes avant-coureurs ensemble. Les crises sortent rarement de nulle part. Les miennes partent d'une charge déjà pleine : mal dormi, du bruit, trop de choses en même temps, une inquiétude que je n'ai pas dite à voix haute. J'en parle dans pourquoi j'explose pour des riens. Quand vous connaissez tous les deux les premiers signes (des réponses sèches, faire les cent pas, le visage qui chauffe), vous pouvez les nommer pendant qu'il reste de la place. Faites ça une journée calme, pas en plein milieu d'une crise.
Entendez-vous sur une pause avant d'en avoir besoin. Une phrase courte et convenue d'avance, comme « J'ai besoin de dix minutes, je ne quitte pas la discussion », permet à l'un ou l'autre de sortir sans que ça ressemble à un abandon. La règle qui fait que ça marche : celui ou celle qui demande la pause revient finir la discussion. L'American Psychological Association nomme le fait de s'éloigner pour se calmer comme un outil de base contre la colère, et ça marche bien mieux quand c'est prévu.
Parlez après, pas pendant. Rien de bon ne se décide au sommet d'une crise. La personne qui explose ne peut pas vous entendre, et vous ne pensez pas clairement quand vous êtes sur vos gardes. Attendez que ce soit passé et que vous soyez calmes tous les deux, puis parlez de ce qui s'est passé, de ce qui l'a déclenché et de ce qui aiderait la prochaine fois.
Ne gardez pas les mauvaises nouvelles pour « un meilleur moment ». Si vous retenez la facture, la fuite d'eau, la mauvaise nouvelle parce que vous avez peur de la réaction, remarquez-le. C'est signe que la colère mène la maison. Dites-le simplement, et laissez la personne gérer sa réaction.
Allez chercher votre propre soutien. Vous avez besoin d'un endroit où déposer ça qui n'est pas elle ou lui. Votre propre thérapeute, une amie qui comprend, un groupe de soutien pour les proches. La page groupes d'entraide a des options. Prendre soin de vous, ce n'est pas trahir.
Essayez la thérapie de couple avec quelqu'un qui comprend. Si le TSA, le TDAH ou le TPL font partie du portrait, cherchez un ou une thérapeute qui les connaît. Bien des choses qui ressemblent à du mauvais caractère sont de la surcharge, des signaux mal lus, ou une vieille peur d'être abandonné. Une bonne thérapie de couple peut vous aider à voir le pattern et à trouver ensemble un moyen d'en sortir.
Ce n'est pas à vous de gérer sa colère
Il faut que je le dise clairement, parce que pendant longtemps, j'ai laissé les gens autour de moi le faire.
Arrondir les coins. Garder la maison tranquille. Prendre le blâme pour que ça se calme. Si c'est votre vie, vous êtes devenu le système de gestion de la colère de quelqu'un d'autre. L'amour n'a pas à faire cette job-là, et vous non plus.
Vous pouvez être bienveillant. Vous pouvez comprendre ce qu'il y a dessous. Vous pouvez quand même dire : c'est à toi de régler ça. Ça prend un médecin, un ou une psychologue, un programme. L'APA et le NHS dirigent tous deux les personnes qui ont un problème de colère vers de l'aide professionnelle, et c'est là que ça doit se régler.
Et si c'est une crise autistique, c'est différent?
C'est la question que je savais que j'aurais à affronter, avec mon TSA.
Les crises autistiques existent pour vrai. Ce ne sont pas des caprices, et elles ne sont pas planifiées. J'ai écrit sur les crises chez les adultes autistes, et je crois à cette distinction. Elle compte pour savoir quelle aide va marcher.
Mais ça ne change rien à ce que vit la personne de l'autre côté de la pièce. Une crise qui laisse des trous dans le mur ou quelqu'un coincé dans la cuisine n'est pas sécuritaire, peu importe la cause. La personne qui fait des crises peut, et doit, prendre ses responsabilités : aller chercher de l'aide, apprendre ses signes, sortir de la pièce avant le point de rupture, réparer après. Un diagnostic, c'est une raison d'aller chercher la bonne aide. Jamais une raison pour vous d'endurer la peur.
Et si c'est vous qui faites les crises
Alors c'est à vous de jouer. Ça l'était pour moi.
Allez chercher de l'aide cette semaine, pas après la prochaine. Voyez votre médecin, trouvez un ou une psychologue, renseignez-vous sur un programme pour la colère. Au Québec, Info-Social 811 (option 2) peut vous orienter. Si vous avez blessé ou effrayé quelqu'un, arrêtez de lui demander de comprendre et commencez le travail. J'en parle dans comment j'apprends à contrôler mes crises et réparer après une explosion. Réparer, c'est important. Mais réparer sans changer, ça tourne en rond.