robplosions
Crise et suicide

La vie après ma tentative de suicide de 1998

Avertissement : cet article parle de suicide. Si ça va mal en ce moment, parlez d'abord à quelqu'un. L'article va encore être là.

La réponse courte

Est-ce qu'il y a une vie après une tentative de suicide?

Oui. Bien des gens qui survivent à une tentative de suicide vivent encore longtemps après. Une tentative passée augmente le risque plus tard, alors le suivi compte : un médecin, de la thérapie, un plan de sécurité et des proches au courant. La suite n'est pas une ligne droite, mais elle peut contenir des choses qu'on n'imagine pas encore.

Ce billet parle de ma tentative de suicide en 1998. Il n'y a aucun détail sur le comment ni le où, et c'est voulu. Si ça va mal pour vous en ce moment, l'encadré d'aide sur cette page donne des numéros à appeler ou à texter.

En 1998, j'ai tenté de m'enlever la vie.

C'est toute la phrase, et c'est tout ce que je vais dire sur l'événement lui-même. Pas comment, pas où. Des gens s'attendent parfois aux détails dans un texte comme celui-ci. J'ai appris que les détails n'aident personne, et les lignes directrices écrites par ceux qui étudient la question sont d'accord. L'organisme australien Mindframe, qui accompagne les gens qui racontent leur propre histoire, met justement en garde contre trop de détails. Ce qui est utile, c'est ce qui est venu après.

Alors, y a-t-il une vie après une tentative de suicide? Oui. J'écris ceci dans la mi-cinquantaine. Bien des gens qui survivent à une tentative vivent encore des décennies, et certains, comme moi, finissent par faire des choses qu'ils ne pouvaient même pas imaginer à ce moment-là. Ce n'est pas automatique et ce n'est pas une ligne droite. Selon l'Organisation mondiale de la santé, une tentative antérieure est un facteur de risque important, donc aller chercher de l'aide réelle et suivie, après, ça compte. Mais « après », ça peut durer très longtemps.

Pourquoi j'en parle

J'ai hésité longtemps avant d'écrire ce billet. Surtout par honte, pour être franc.

Ce qui m'a décidé, c'est un passage du guide 2023 de l'OMS destiné à tous ceux qui parlent publiquement du suicide (Preventing suicide: a resource for media professionals, en anglais). On y lit que les récits de décès par suicide largement diffusés sont suivis de plus de suicides, alors que les récits de gens qui ont traversé une crise suicidaire peuvent en faire diminuer le nombre. Cette deuxième partie m'a accroché. S'il y a la moindre chance que quelqu'un lise ceci à 3 h du matin et décide d'appeler quelqu'un, la honte en vaut la peine.

Ce qui est venu après 1998

Voici ce que je veux que vous voyiez. Tout ce qu'il y a sur cette liste est arrivé après 1998. En 1998, rien de ça n'existait, même pas comme idée.

  • En décembre 2003, j'ai cofondé une agence web, Raincity Studios, à Vancouver. Elle a fini par avoir un bureau à Shanghai aussi.
  • À partir de 2015, j'ai bâti une entreprise de plongée en Indonésie, en essayant de le faire de façon durable.
  • J'ai écrit un livre sur ChatGPT qui a été numéro 1 dans la catégorie IA d'Amazon en 2023.
  • J'écris de la fiction, je conçois des jeux, je fais de la photo.
  • Ça fait seize ans que je n'ai pas touché à la cocaïne ni à l'héroïne.
  • J'ai appris que j'avais un TSA, à 50 ans, ce qui a enfin expliqué cinquante ans à me sentir le bizarre de la gang.
  • Je vis avec Sandra, ma conjointe, qui est à mes côtés depuis une quinzaine d'années.

Je ne fais pas cette liste pour me vanter. Je suis le dernier à me vanter; d'habitude, je me sauve du succès. Je la fais parce que le gars de 1998 était certain que l'histoire était finie. Il s'est trompé d'une couple de décennies, et ça continue.

Ce n'était pas un montage de film

Je ne veux pas vous vendre le film où le gars survit, la musique monte, et tout est réglé.

Les années d'après ont été tout croches. Il y a eu de la dépression. Il y a eu de la consommation. Il y a eu les robplosions, ces explosions de colère qu'un ami a fini par baptiser. Avant tout ça, juste après la tentative, je m'étais fait admettre en psychiatrie, volontairement, pour à peu près un mois; j'en parle dans je me suis fait admettre en psychiatrie. Il y a eu un effondrement pendant les années COVID, qui a mené au diagnostic d'autisme.

Et honnêtement, juste après 1998, je ne me sentais ni sauvé ni transformé. J'avais honte et j'étais fatigué. L'espoir est venu plus tard, par morceaux.

Ce qui m'a vraiment aidé

Pas une seule chose. Avec le recul, voici celles qui ont compté le plus pour moi :

Demander de l'aide, plus d'une fois. L'admission volontaire a été une des décisions les plus dures et les meilleures de ma vie. Demander de l'aide, ce n'est pas un événement unique. J'ai dû recommencer.

Arrêter la drogue. Seize ans sans cocaïne ni héroïne. Peu importe ce qui va mal d'autre, ma tête m'appartient.

Comprendre mon propre cerveau. Le diagnostic d'autisme n'a rien réglé, mais il a expliqué une bonne partie de l'épuisement et de la honte. C'est plus facile d'être doux avec soi-même quand on sait enfin pourquoi tout était si dur.

La thérapie. Y compris la sorte inconfortable, où quelqu'un pointe le pattern que vous évitez depuis des années.

J'ai encore des mauvaises passes. Je ne suis pas « guéri » d'être moi. Mais je ne pense plus à 1998 tous les jours, et certains jours j'oublie complètement la date.

Si vous avez survécu à une tentative

D'abord, je suis content que vous soyez là. Je le dis simplement.

La honte que vous ressentez peut-être est fréquente. Elle ne dit rien sur votre valeur. Quelques affaires que j'aurais aimé qu'on me dise :

  • Gardez votre médecin au courant, et retournez le voir. Une tentative passée augmente le risque plus tard, alors le suivi n'est pas optionnel, même quand ça va mieux.
  • Faites un plan de sécurité avec un professionnel : vos signes d'alarme, qui appeler, ce qui aide. Gardez-le dans votre téléphone.
  • Dites-le à au moins une personne dans votre vie. Si vous ne savez pas comment, j'ai écrit comment dire à quelqu'un qu'on pense au suicide.
  • Vous ne devez l'histoire à personne. Ni les détails, ni le pourquoi. Partagez ce que vous voulez, quand vous voulez.

Si vous aimez quelqu'un qui a survécu à une tentative, lisez comment aider une personne qui pense au suicide. Et prenez soin de vous aussi.

Les questions qu'on pose

Y a-t-il une vie après une tentative de suicide?

Oui. Bien des gens qui survivent à une tentative vivent pleinement ensuite, et l'OMS reconnaît que les récits de gens qui ont traversé une crise suicidaire peuvent aider à prévenir le suicide. Ça demande souvent du soutien suivi, et c'est rarement une ligne droite, mais c'est réel.

Le risque est-il plus élevé après une tentative?

Oui. L'OMS considère une tentative antérieure comme un facteur de risque important. C'est pour ça que le suivi, un plan de sécurité et des proches au courant comptent autant, surtout dans les mois qui suivent.

Comment parler de ma tentative de suicide?

Comme vous voulez, avec qui vous choisissez. Vous ne devez les détails à personne. Si vous en parlez publiquement, des guides comme « Our stories matter » de Mindframe recommandent de ne pas décrire les moyens et de mettre l'accent sur ce qui a aidé.

Est-ce que la honte finit par partir?

Chez moi, elle a rapetissé, tranquillement. En parler avec des gens qui ne bronchaient pas m'a aidé. La thérapie aussi. Si la honte vous empêche d'aller chercher de l'aide, dites-le à une ligne de crise ou à un médecin. Ils ont déjà entendu ça.

Sources

  1. Organisation mondiale de la santé, Suicide (aide-mémoire)
  2. OMS, Preventing suicide: a resource for media professionals, mise à jour 2023 (en anglais)
  3. Mindframe, Our stories matter (en anglais)
  4. Suicide.ca, 1 866 APPELLE : ligne d'intervention 24/7
  5. AQPS, Mieux comprendre le suicide

Besoin d'aide?

Si vous risquez de passer à l’acte ou si vous êtes en danger, appelez le numéro d’urgence local maintenant.

Plus de lignes d'aide →