Avertissement : ce texte parle d'une hospitalisation en psychiatrie et de crises suicidaires. Aucun détail sur une tentative.
Oubliez les films. Pas de cris dans les corridors toute la nuit, pas d'infirmière méchante, pas de gars en camisole de force. Quand je me suis fait admettre en psychiatrie, ce qui m'a frappé en premier, c'est à quel point c'était plate. Des corridors tranquilles. Des chaises en plastique. Une télé que personne ne regardait vraiment. Du monde en bas d'hôpital qui allait se chercher un café à petits pas.
Alors, c'est comment, une hospitalisation en psychiatrie? C'est une unité d'hôpital où des personnes en crise sont gardées en sécurité pendant qu'une équipe les stabilise et prépare la suite. La journée suit une routine : repas, médicaments, visites des infirmières, rencontres avec le psychiatre, parfois un groupe ou deux. Une partie de vos affaires est rangée par sécurité. On attend beaucoup. La plupart des gens là-dedans sont du monde ordinaire qui traverse le pire bout de leur vie.
Les unités ne se ressemblent pas toutes. Certaines sont barrées, d'autres non. Les règles changent d'un hôpital à l'autre. Ce qui suit, c'est ce que j'ai vécu et ce qui est vrai en gros, pas une promesse sur l'endroit où vous allez.
La première journée
L'admission, c'est de la paperasse et des questions. Les mêmes questions, plus d'une fois, posées par des personnes différentes. Êtes-vous en sécurité en ce moment. Avez-vous des idées de vous faire du mal. Qu'est-ce que vous prenez. Qui peut-on appeler. C'est fatigant. C'est aussi comme ça qu'on s'assure que rien ne glisse entre les craques, alors répondez encore.
Ensuite, quelqu'un passe votre sac. Ce qui pourrait servir à se blesser est retenu : les cordons, les ceintures, ce qui coupe, parfois même le fil du chargeur. La première fois, ça a l'air d'une insulte. Ce n'est pas contre vous. Tout le monde sur l'étage passe par là, parce que le personnel ne peut pas savoir qui est à risque ce soir. J'ai fait une liste de quoi apporter à l'hôpital psychiatrique pour que vous ne soyez pas pris de court.
J'ai beaucoup dormi les premiers jours. Je pense que mon corps roulait sur les vapeurs depuis longtemps et qu'il venait enfin d'avoir la permission d'arrêter.
Qu'est-ce qu'on fait de ses journées?
Pas grand-chose. C'est un peu le but.
Il y a un horaire. Déjeuner, dîner, souper à heures fixes. La tournée des médicaments. Une infirmière passe vous voir régulièrement, et la nuit ça peut vouloir dire une lampe de poche dans le cadre de porte de temps en temps. Vous rencontrez le psychiatre, parfois chaque jour, parfois moins. Il peut y avoir une travailleuse sociale, une ergothérapeute, des groupes sur les façons de composer avec la détresse, ou juste une table de bricolage.
Au début, j'haïssais les groupes. Assis en rond avec des inconnus, à se faire demander comment je me sentais. Je suis capable de tenir une salle quand j'ai un rôle. Là-dedans, je n'en avais pas. J'étais un patient en bas. Avec le temps, j'ai arrêté de me battre contre ça. Je n'avais pas à performer. Personne n'avait besoin que je sois impressionnant. C'était nouveau pour moi.
Si les groupes vous font peur, je comprends. J'en parle plus dans c'est comment, la thérapie de groupe, une fois dehors.
Avec qui on se retrouve?
Avec du monde. C'est la réponse honnête.
Certains étaient très malades et avaient besoin de beaucoup de soins. Quelques-uns ont été gentils avec moi d'une façon que je n'attendais pas et que je n'avais pas l'impression de mériter. Quand on est au fond avec d'autres qui sont aussi au fond, les masques tombent pas mal vite.
Ça ne veut pas dire que c'est toujours paisible. Quelqu'un peut être agité. Quelqu'un peut pleurer la moitié de la nuit. Le personnel s'en occupe, et vous pouvez toujours demander à une infirmière un coin plus calme, ou juste quelqu'un à qui parler.
Le côté sensoriel, dont personne ne parle
Je ne savais pas que j'avais un TSA à l'époque. Je l'ai appris des années plus tard. Avec le recul, une bonne partie de ce que j'ai trouvé dur à l'hôpital, c'était sensoriel. Les néons. Les portes. Les chariots. Les annonces. La télé du voisin. Jamais de vrai noir la nuit, à cause des tournées.
Si vous êtes autiste, ou que vous pensez l'être, dites-le à l'admission. Demandez des bouchons, un masque pour dormir, une chambre plus loin du poste des infirmières. Ils ne pourront peut-être pas tout faire, mais ils ne peuvent pas aider avec ce qu'ils ignorent.
Vos droits sur l'étage
Si vous êtes entré volontairement, vous avez consenti à être là, et vous pouvez demander à partir. L'équipe voudra vous évaluer avant. Si elle croit que vous êtes un danger sérieux pour vous-même ou pour quelqu'un d'autre, elle peut entamer une démarche de garde en établissement. C'est encadré par la loi, avec un droit de contester. Éducaloi l'explique bien.
Vous avez aussi le droit de poser des questions sur votre traitement. À quoi sert ce médicament, combien de temps je vais rester, c'est quoi le plan. Écrivez les réponses. Votre mémoire ne sera pas à son meilleur là-dedans.
Sortir faisait plus peur qu'entrer
Personne ne m'avait averti. Sur l'étage, tout est pris en charge. Les repas arrivent. Quelqu'un passe vous voir. Puis un jour, vous sortez avec un papier et un rendez-vous de suivi, et le monde est aussi bruyant qu'avant.
Demandez votre plan de congé par écrit. Demandez qui appeler si ça dérape la première semaine. Au Québec, il existe des programmes de suivi pour les personnes qui vivent avec un trouble mental grave, et votre CLSC ou Info-Social 811 peut vous aider à voir à quoi vous avez droit. Collez les numéros de crise sur le frigo. Les miens y sont restés longtemps.
Est-ce que je le referais?
Si j'en avais besoin, oui. Sans hésiter.
L'unité n'a rien guéri. Elle m'a donné un plancher quand il n'y en avait plus. Ce qui est venu après a été bâti là-dessus. Le diagnostic. Seize ans sans cocaïne ni héroïne. Une vie plus tranquille dans le bois, avec Sandra, ma conjointe. Si vous hésitez, lisez comment je me suis fait admettre. Et si vous avez peur de ne jamais vous en sortir, ma vie après ma tentative de 1998, c'est la version longue de « peut-être que oui ».