Je me suis fait du mal au secondaire.
Je m'arrête à cette phrase-là, volontairement. Pas de détails, pas de comment, pas de quoi. Si c'est ce que vous cherchiez, vous ne le trouverez pas ici, et c'est autant pour vous que pour moi. Les lignes directrices pour en parler de façon sécuritaire en ligne, comme #chatsafe et celles des Samaritans, disent que les détails peuvent faire du tort aux gens qui vont mal en ce moment. Je les crois.
Ce dont je veux parler, c'est de l'après. Et des tatouages.
Alors, se faire tatouer peut-il aider à gérer l'envie de se faire du mal? Je peux seulement vous raconter mon histoire. Pour moi, me faire tatouer, c'était comme une thérapie. J'en suis couvert aujourd'hui. Mais les tatouages ne sont pas un traitement pour l'automutilation, et je ne les recommande à personne. Ce qui aide pour vrai, c'est le soutien : le dire à quelqu'un, voir un médecin ou aller au CLSC, appeler une ligne d'écoute ou de crise, et une thérapie qui s'occupe de ce qu'il y a sous l'envie.
L'ado du secondaire
Au secondaire, j'avais déjà perdu mon père (j'avais sept ans), fait de la thérapie depuis l'âge de huit ans, de la thérapie familiale à neuf, et on m'avait assigné un travailleur social à quatorze. Ce n'est pas comme si personne ne me surveillait. Il y avait du monde. C'est arrivé quand même.
Je ne vais pas l'expliquer proprement, parce que ce n'était pas propre. Ce que je peux dire, c'est qu'il y avait beaucoup de choses en moi qui n'avaient nulle part où aller. Et il y a une veine en moi, elle revient tout au long de ma vie, qui dit : si c'est mauvais, c'est bon. Punis-toi avant que quelqu'un d'autre le fasse. J'en parle dans si c'est mauvais, c'est bon.
Je n'ai plus honte de cet ado-là. Mais je fais attention à la façon dont j'en parle.
Pourquoi les tatouages
Plus tard, j'ai commencé à me faire tatouer. C'était comme une thérapie. Je n'avais pas prévu d'en être couvert. Ça a continué, une pièce, puis une autre.
J'ai beaucoup réfléchi à pourquoi ça me faisait cet effet-là. En partie, je pense, c'était le contrôle. Choisir ce qui allait sur mon corps, quand, et pourquoi. En partie, c'était l'histoire. Chacun marque quelque chose que j'ai choisi, pas quelque chose qu'on m'a fait subir.
Maintenant, la partie où je dois être très clair.
Les tatouages ne sont pas un traitement pour l'automutilation. Je ne vous dis pas d'aller vous en faire faire un. Je vous raconte ce qui m'est arrivé, sans plan derrière. Ils n'ont pas réglé ce qu'il y avait en dessous. Ce qu'il y avait en dessous, ç'a été réglé bien plus tard, lentement, par des personnes. Quelqu'un en travail social, en 2022, qui en avait vraiment quelque chose à faire. Un diagnostic (trouble du spectre de l'autisme (TSA), à 50 ans). Des outils que je pouvais vraiment utiliser.
Si vous avez des envies de vous faire du mal en ce moment, un rendez-vous chez le tatoueur n'est pas la réponse. Une personne, oui.
Ce qui aide à la place
Je ne suis pas clinicien, alors je m'appuie sur ceux qui le sont.
La page du NHS sur l'aide en cas d'automutilation (en anglais) dit de commencer par un médecin, qui va écouter, discuter des options et pourra vous diriger vers une thérapie par la parole, par exemple. Elle mentionne aussi des services d'écoute gratuits joignables en tout temps.
Au Québec, ça ressemble à ça :
- Votre CLSC, ou Info-Social 811, option 2. Gratuit, 24 heures sur 24, et on peut vous orienter vers de l'aide près de chez vous.
- Votre médecin de famille ou votre GMF, si vous en avez un.
- Si vous êtes en crise ou que vous pensez au suicide : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553), texto au 535353, ou clavardage sur suicide.ca. Partout au Canada, appel ou texto au 988.
Et sur le moment, quand l'envie crie fort, ce que j'aurais aimé apprendre au secondaire : dites-le à quelqu'un. Textez un ami. Appelez une ligne. Allez là où il y a du monde. Passez la prochaine heure. Les envies montent, et elles redescendent. Vous n'avez pas à régler votre vie au complet ce soir.
Comment parler à quelqu'un qui se fait du mal
Cette partie-là est pour les parents, les conjoints, les amis. Le service de santé irlandais a une bonne page sur comment aider quelqu'un qui s'automutile (en anglais). Les grandes lignes, dans mes mots :
- Parlez-en. Choisissez un moment calme et privé. Faire semblant que ça n'existe pas, ça renforce souvent la honte.
- Regardez la personne. Demandez comment elle se sent, ce qui se passe pour elle. Ce n'est pas une inspection.
- Ne forcez rien. Lui ordonner d'arrêter, la menacer ou lui enlever le contrôle, ça se retourne souvent contre vous.
- Pas d'étiquettes. « Tu fais ça pour attirer l'attention », c'est la pire chose à dire. Oubliez ça.
- Soyez là, et soyez patient. Dites-lui qu'elle peut revenir vous en parler n'importe quand.
- Montrez le chemin de l'aide. Offrez de l'accompagner chez le médecin ou au CLSC, ou de rester à côté pendant qu'elle appelle une ligne.
Vous pouvez aussi appeler Info-Social 811 vous-même, en tant que proche inquiet. Vous n'avez pas à attendre qu'elle soit prête.