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Dépendance et rétablissement

Si c'est mauvais, c'est bon : vivre avec une « personnalité addictive »

Avertissement : cet article parle de consommation de drogues et de sevrage. Si ça va mal en ce moment, parlez d'abord à quelqu'un. L'article va encore être là.

La réponse courte

La personnalité addictive, est-ce que ça existe vraiment?

Pas comme un trait unique. Les chercheurs cherchent une « personnalité addictive » depuis des décennies sans la trouver. Ce qui tient mieux, c'est un ensemble de facteurs de risque : impulsivité et recherche de sensations, anxiété, trauma et stress, TDAH, génétique, et consommer pour gérer la souffrance. Ces facteurs augmentent le risque de plusieurs dépendances à la fois.

La drogue. Le jeu. Les jeux vidéo. Le sexe. L'alcool. L'automutilation. La cigarette.

C'est ma liste. J'appelle ça ma « personnalité addictive », et il y a une devise qui vient avec, que je ne dirais jamais à voix haute dans un souper : si c'est mauvais, c'est bon.

Je n'ai pas touché à la cocaïne ni à l'héroïne depuis 2010. Celle-là, j'en suis fier. Le reste de la liste, c'est le reste de la liste. C'est encore comme ça que mon cerveau est bâti, et j'apprends encore quoi faire avec.

Alors, la personnalité addictive, est-ce que ça existe vraiment? Pas comme un trait unique, non. Les chercheurs en cherchent une depuis des décennies, et ils ne l'ont pas trouvée. Ce qui tient mieux la route, c'est un ensemble de facteurs de risque qui peuvent s'empiler : l'impulsivité et la recherche de sensations, l'anxiété, le trauma et le stress, le TDAH, la génétique, et le fait de consommer pour gérer la souffrance. Tout ça peut pousser quelqu'un vers plus d'une dépendance à la fois. Quand je regarde ma liste, ça sonne pas mal juste.

Ce que la recherche dit vraiment

La journaliste scientifique Maia Szalavitz a fait le tour de la question dans Scientific American (en anglais). Sa conclusion : il n'existe pas d'ensemble de traits commun à toutes les personnes qui ont une dépendance. Elle cite George Koob, qui dirige l'institut américain sur l'abus d'alcool et l'alcoolisme (NIAAA), selon qui la personnalité addictive n'existe pas comme une entité en soi.

Ce qu'elle décrit plutôt, ce sont quelques chemins différents. Un passe par l'impulsivité et la recherche de sensations. Un autre passe par l'anxiété, où consommer sert surtout à se calmer. Certaines personnes ont les deux, et oscillent entre la peur et l'imprudence. Le fil commun, c'est la difficulté à se réguler, pas un type de personnalité. Elle note aussi qu'environ la moitié seulement des personnes qui ont une dépendance en ont plus d'une.

Je suis donc dans la moitié qui a une longue liste. Pas un club que j'aurais choisi.

Ce qui tient mieux que la « personnalité addictive »

Le trauma et le stress. L'institut américain sur l'abus de drogues (NIDA) nomme les traits héréditaires, les environnements difficiles, le trauma et le stress (en anglais) parmi les facteurs de risque communs à la consommation et aux autres troubles de santé mentale. J'ai perdu mon père à sept ans. J'étais en thérapie à huit. Je ne dis pas que ça explique tout. Je dis que c'est sur la table.

L'automédication. Le NIDA dit aussi que les gens qui vivent de l'anxiété, de la dépression, du stress ou de la douleur peuvent consommer pour essayer de se sentir mieux, surtout s'ils n'ont pas accès à des soins en santé mentale. Le CAMH (en anglais) indique que plus de la moitié des personnes qui ont un trouble lié à l'usage de substances ont eu des problèmes de santé mentale à un moment donné. J'en parle dans est-ce que je m'automédicamentais un autisme non diagnostiqué?, et du chevauchement entre dépendance et le reste dans troubles concomitants.

Le TDAH et le système de récompense. Selon le NIDA, le TDAH est associé à certains des mêmes changements dans le cerveau que les envies de consommer, ce qui expliquerait peut-être pourquoi les gens qui ont les deux rapportent des envies plus fortes. J'ai un TDAH, en plus d'un trouble de la personnalité limite (TPL) et d'un trouble du spectre de l'autisme (TSA). Relire ma liste avec ça en main, ça avait plus de sens que « t'es juste faible ».

L'impulsivité. Agir tout de suite, penser après. Si vous l'avez, vous le savez.

« Si c'est mauvais, c'est bon »

C'est la partie que la recherche ne couvre pas vraiment. Alors voici la mienne.

En partie, c'était le rush. En partie, honnêtement, c'était de la punition. Une voix en moi a décidé il y a longtemps que je ne mérite pas le bon, alors aussi bien prendre le mauvais, et si ça fait mal, tant pis, je l'ai cherché. De l'autopunition avec un chapeau de fête.

C'est la même veine qui est sortie au secondaire, quand je me faisais du mal. J'en parle, prudemment, dans l'automutilation, et pourquoi je suis couvert de tatouages.

Ce qui m'a aidé à le voir, c'est de le nommer. L'étiquette « personnalité addictive » ne l'a pas fait, et la science derrière est fragile de toute façon. La devise, oui. Une fois que j'ai pu entendre « si c'est mauvais, c'est bon » comme une phrase dans ma tête, j'ai pu commencer à m'obstiner avec. Je ne gagne pas toujours. Mais je l'entends, maintenant.

Et le jeu, les jeux vidéo?

Ça compte. Le CAMH décrit la dépendance comme quelque chose qui peut toucher n'importe quel comportement hors de contrôle, et le jeu problématique en est un gros exemple.

Au Québec, Jeu : aide et référence est gratuit, confidentiel et ouvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour les jeux de hasard et d'argent, les jeux vidéo et l'utilisation d'Internet. Le numéro est le 1 800 461-0140 partout au Québec, ou le 514 527-0140 à Montréal. On y aide aussi les proches.

Il y a aussi les Gamblers Anonymes, un groupe d'entraide gratuit, si ce style-là vous convient.

Les envies, c'est une bête à part, peu importe la chose. Je me suis demandé si elles disparaissent un jour dans l'envie de consommer finit-elle par disparaître?

Si vous essayez d'arrêter quelque chose

Certaines affaires, on peut les arrêter à force de volonté et de mauvaise humeur. D'autres, on ne peut pas les arrêter seul sans danger. Si vous buvez beaucoup ou si vous prenez des opioïdes ou des sédatifs, n'arrêtez pas d'un coup tout seul. Le sevrage peut être dangereux. Allez chercher de l'aide médicale d'abord, auprès de votre médecin, de votre CLSC ou d'un hôpital.

Au Québec, la section Alcool, drogues et jeu de Québec.ca dirige vers de l'aide, et Drogue : aide et référence est ouvert 24 heures sur 24.

Et si vous vous reconnaissez dans ma liste, ne perdez pas des années à vous demander si la « personnalité addictive » existe. Le pattern, lui, existe. Allez chercher de l'aide pour le pattern.

Les questions qu'on pose

La personnalité addictive, ça existe?

Pas comme un trait unique. La recherche n'a pas trouvé de personnalité commune à toutes les personnes qui ont une dépendance. Des facteurs de risque comme l'impulsivité, l'anxiété, le trauma, le TDAH, la génétique et l'automédication sont mieux appuyés, et ils peuvent augmenter le risque de plusieurs dépendances à la fois.

Pourquoi certaines personnes deviennent-elles accros à plusieurs choses?

À cause de facteurs de risque communs. La difficulté à réguler ses émotions ou ses impulsions, des troubles de santé mentale non traités, le trauma et le stress peuvent pousser vers plus d'une substance ou d'un comportement. Environ la moitié des personnes qui ont une dépendance en ont plus d'une.

Le TDAH est-il lié à la dépendance?

Oui, le chevauchement est bien connu. Le NIDA note que le TDAH est associé à certains des mêmes changements cérébraux que les envies de consommer. Faire évaluer et traiter un TDAH peut faire partie du rétablissement. Parlez-en à votre médecin.

Où trouver de l'aide pour le jeu ou les jeux vidéo au Québec?

Appelez Jeu : aide et référence au 1 800 461-0140, gratuit et ouvert jour et nuit. Le service couvre les jeux de hasard et d'argent, les jeux vidéo et Internet, et soutient aussi les proches.

Sources

  1. Scientific American, The Addictive Personality Isn't What You Think It Is (2016, en anglais)
  2. NIDA, Co-Occurring Disorders and Health Conditions (en anglais)
  3. CAMH, Addiction (en anglais)
  4. Jeu : aide et référence
  5. Québec.ca, Alcool, drogues et jeu

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