Je hais les groupes. Je suis capable de tenir une salle, de parler d'Internet devant deux cents personnes, pis de rentrer chez nous et de rester couché par terre une journée complète. Alors l'idée de m'asseoir en cercle pour parler de mes émotions avec des inconnus, ça sonnait comme une punition faite sur mesure pour moi.
J'y suis allé quand même. Plus d'une fois. Et honnêtement, ça a fait quelque chose que la thérapie individuelle n'avait jamais fait.
La version courte. Une thérapie de groupe, c'est en général 6 à 12 personnes qui se rencontrent régulièrement avec un ou deux intervenants formés, souvent psychologue ou travailleur social. On parle de ce qui se passe, on écoute les autres, et dans bien des groupes on apprend des outils précis ensemble (gérer la colère, l'anxiété, l'humeur). Les groupes d'entraide, c'est autre chose : ils sont animés par des gens qui ont vécu la même affaire, ils sont souvent gratuits, et personne n'est thérapeute. Les deux ont leur place.
Comment se déroule une rencontre de thérapie de groupe?
C'est moins dramatique qu'à la télé. Personne ne vous force à vous laisser tomber à la renverse dans les bras des autres.
La plupart des rencontres commencent par un tour de table. Chacun dit une phrase ou deux sur sa semaine. On a le droit de passer. Ensuite, soit l'intervenant présente quelque chose (un outil, une fiche, une idée), soit le groupe discute de ce qui est sorti. Les dernières minutes servent souvent à faire un tour de sortie.
Il y a des règles, et les bons groupes les disent dès le premier soir. Ce qui se dit dans la salle reste dans la salle. On n'interrompt pas. On ne donne pas de conseils à moins qu'on nous en demande. On parle de soi, pas de la personne d'en face. Ce sont ces règles-là qui rendent la salle assez sécuritaire pour dire quelque chose de vrai.
Mes premières rencontres, soit je donnais un show (le gars drôle, la grande réflexion, regardez-moi), soit je ne disais rien pantoute. Deux armures. L'intervenant l'a vu, évidemment. Il n'a pas poussé. Il a attendu, le groupe a attendu, et un moment donné j'ai dit une phrase vraie. Personne n'a sursauté.
La thérapie de groupe, est-ce aussi bon que la thérapie individuelle?
Pour certaines choses, oui. Et pour d'autres, c'est mieux, à cause de ce que les autres vous donnent et qu'un thérapeute seul ne peut pas donner.
La colère en est un bon exemple. Une grosse méta-analyse sur les traitements de la colère, résumée par le site CrimeSolutions du département de la Justice américain, trouve des effets moyens à importants, et le format de groupe donne en général d'aussi bons résultats que l'individuel. Ça me parle, parce que ma colère a un nom (un ami l'a baptisée robplosion il y a presque vingt ans) et que je travaille dessus depuis des années.
Pour l'alcool, les preuves en faveur des groupes de pairs sont solides. Une revue Cochrane de 2020 portant sur 27 études conclut que les AA et la facilitation en douze étapes font aussi bien que les autres traitements sur la plupart des mesures, et mieux sur l'abstinence continue. En santé mentale de façon plus large, le soutien par les pairs montre des bienfaits modestes mais constants, surtout sur l'espoir et le rétablissement personnel. Modeste, ce n'est pas rien. Quand on cale, modeste, c'est une corde.
Ce qu'un groupe donne qu'un thérapeute seul ne peut pas donner
Quelqu'un de l'autre côté du cercle dit votre phrase exacte.
C'est ça qui m'a eu. Un gars que je n'avais jamais vu a décrit ce que je fais (j'explose, la honte arrive, je m'excuse trop, je recommence) presque mot pour mot. J'avais toujours pensé que c'était un défaut privé, quelque chose de croche chez moi en particulier. L'entendre sortir de la bouche de quelqu'un d'autre m'a enlevé un gros morceau de honte en trente secondes. Des années de suivi individuel n'avaient pas réussi ça.
On peut aussi être utile. Quand on a une estime de soi à terre, c'est énorme. On dit quelque chose, on le voit faire du bien à quelqu'un, et pendant une seconde on n'est pas juste le cassé de la salle.
Le côté autiste : les groupes peuvent vider la batterie
Je ne ferai pas semblant que c'est facile pour un cerveau autiste. Plusieurs personnes qui parlent, les néons, les attentes de contact visuel, lire la salle, attendre son tour sans savoir quand il arrive. Je sortais de là vidé, et certaines semaines la fatigue me coûtait plus que ce que la rencontre me donnait.
Ce qui m'a aidé :
- Des petits groupes bien structurés. Un groupe d'apprentissage avec un plan, ça me convient mieux qu'un groupe ouvert « on partage ».
- Dire à l'intervenant d'avance que j'ai un TSA et que je ne regarderai peut-être pas les gens.
- Les groupes en ligne. Caméra fermée au début, si c'est permis. Moins de bruit sensoriel.
- Ne rien prévoir pour le reste de la journée.
Si un groupe ne vous convient pas, ce n'est pas un verdict sur vous. Il existe d'autres formules.
Où trouver un groupe au Québec, et comment savoir s'il est sérieux
Commencez par votre CLSC ou le 811, option 2 (Info-Social). Relief (l'ancien Revivre) offre des groupes d'autogestion pour l'anxiété, la dépression et la bipolarité. Le répertoire du RRASMQ liste les ressources communautaires en santé mentale par région, y compris des groupes d'entraide. Pour la consommation, NA Québec et SMART Recovery sont les deux grandes options; je les compare dans NA ou SMART Recovery.
Pour les émotions et la colère, Émotifs Anonymes a des réunions en français et en anglais, en personne, par téléphone ou en vidéo.
Ma liste à moi, bâtie à partir de ce que les programmes sérieux ont en commun (c'est mon opinion, pas une norme officielle) :
- Un organisme nommé ou un professionnel avec un permis, et de vraies coordonnées.
- Gratuit, ou des frais clairs. Pas de « forfait VIP », pas de retraite à vendre.
- Des règles claires sur la confidentialité et le respect.
- On ne vous dit pas d'arrêter vos médicaments ou votre thérapie.
- On sait quoi faire en cas de crise, et on le dit.
Sortez de tout ce qui ressemble à un club avec un secret, ou qui vous éloigne de votre famille et de vos amis.