Mon père est mort quand j'avais sept ans. J'ai commencé la thérapie à huit ans. Thérapie familiale à neuf. Un travailleur social à quatorze. Quand je suis parti de la maison à dix-huit ans, j'avais vu plus de monde dans des bureaux de consultation que bien des adultes ont vu de dentistes. Et j'en avais plein mon casque.
C'est comme ça que je suis entré là-dedans. Pour la sortie, elle arrivait toute seule, à chaque fois.
Parce que le pattern, le voici, et il a duré des décennies. Ça va mal, je me retrouve assis devant quelqu'un. Le réseau public, ou les assurances que j'avais dans les années où j'en avais, paient un nombre fixe de séances. On passe les premières à comprendre qui je suis. On commence à toucher au vrai stock. Puis les séances sont finies. Bonne chance, prenez soin de vous. Un an ou cinq ans plus tard, mêmes problèmes, nouveau bureau, retour à zéro.
Alors, pourquoi la thérapie finit-elle toujours avant de vraiment aider? Souvent, le problème, c'est le rationnement. Les programmes publics et les assurances couvrent un nombre fixe de séances, et ce chiffre-là sort d'un budget, pas de votre situation. Si ce que vous traînez remonte à des décennies, huit ou dix séances, ça suffit à peine à soulever le couvercle. Il y a moyen de contourner ça, par contre. J'y arrive.
Ce que les séances comptées m'ont fait
Je prends ma part d'abord. À dix-huit ans, je suis parti et j'ai évité toute forme d'aide pendant des années. Personne ne me courait après avec des rendez-vous. Ça, c'était moi.
Mais quand je suis revenu, j'ai tout essayé. Thérapie individuelle. Thérapie de groupe. Art-thérapie. Des programmes, certains un peu sectaires sur les bords, d'autres connus et populaires (je n'en nommerai aucun). Chaque fois, le même cycle. Un bloc de séances payé par quelqu'un d'autre, puis rien.
Voici ce que ça fait, à la longue.
On raconte son histoire depuis le début, chaque fois. Mon père, la thérapie à huit ans, toute la patente. À la dixième fois, ça sort à plat, comme une liste d'épicerie. À plat, c'est parfait pour ne rien ressentir. Pour aller mieux, ça ne sert à rien.
On devient bon pour être un bon client. On dit la phrase lucide vers la troisième séance, pour que ça ait l'air d'avancer. Je faisais ça les yeux fermés.
Et on ne laisse personne s'approcher, parce qu'on connaît la date de fin. Pourquoi le faire? La personne s'en va. Pour quelqu'un comme moi, qui a tendance à partir avant d'être quitté, une thérapie avec une date d'expiration, c'est la peur de l'abandon avec une carte de rendez-vous.
Dans la quarantaine, j'ai tout lâché. Bien plus de dix ans sans aucun soutien.
Ce qui a changé en 2022
Les années COVID m'ont cassé. En 2022, en pleine crise, j'ai eu de la chance : on m'a assigné quelqu'un en travail social qui s'en souciait vraiment. Cette personne m'a aidé à obtenir du vrai soutien, à me rendre jusqu'à un diagnostic (trouble du spectre de l'autisme (TSA), à 50 ans), et à mettre en place des outils pour que je ne tienne pas tout à bout de bras entre deux rendez-vous.
Cette personne-là a cassé le cycle plus que n'importe quel programme. J'en parle dans quelqu'un en travail social qui en avait vraiment quelque chose à faire.
Pas de technique magique. Quelqu'un suivait enfin l'ensemble, au-delà de la prochaine séance.
Une thérapie courte, est-ce toujours mauvais?
Non. Je veux être juste. Certaines thérapies sont conçues pour être courtes et structurées, et pour un problème précis, elles peuvent bien marcher. Je les explique dans TCC, TCD, ACT en mots simples.
Au Québec, le réseau public fonctionne par paliers. Le PQPTM (Programme québécois pour les troubles mentaux) va des autosoins jusqu'à la psychothérapie, en passant par l'éducation, la relaxation et les interventions cognitivo-comportementales, selon Québec.ca. Sur papier, c'est bien pensé. Les paliers sont là pour qu'on puisse monter quand on a besoin de plus.
Le problème, c'est quand personne ne vous regarde monter. Si le bloc de séances finit et que personne ne demande la suite, vous ne montez pas d'un palier. Vous tombez de l'échelle. C'est ce qui m'est arrivé presque toute ma vie.
Comment avoir un vrai suivi, et pas un autre cul-de-sac?
Ce que je dirais à quelqu'un qui commence, surtout au Québec.
Entrez par la porte publique. Tous les établissements publics de santé et de services sociaux du Québec offrent gratuitement des soins en santé mentale. Allez à votre CLSC ou appelez Info-Social 811, option 2. C'est gratuit, 24 heures par jour, 365 jours par année. Quelqu'un évalue votre situation et vous oriente vers le bon niveau d'aide. Il y aura de l'attente. Demandez combien.
Parlez de la fin dès le premier jour. À voix haute, à la première séance : « Qu'est-ce qui arrive quand ces séances-là seront finies? » Demandez un plan qui dépasse le plafond. Qui fait le suivi après? C'est quoi la prochaine étape si j'en ai encore besoin? Pouvez-vous me référer, ou noter ce qui a marché pour que la prochaine personne ne reparte pas de zéro? Si j'avais su poser ces questions à vingt ans, je l'aurais fait.
Connaissez vos assurances. Si vous avez une assurance collective, vérifiez combien elle rembourse par séance et par année, et si elle couvre seulement les psychologues ou aussi d'autres professionnels qui ont un permis de psychothérapeute. Ensuite, planifiez vos séances au lieu de les brûler en panique. Je détaille le côté argent dans combien coûte un psychologue au Québec.
Demandez un tarif réduit. Certains psychologues baissent leurs honoraires si on le demande. L'Ordre des psychologues du Québec mentionne aussi des cliniques universitaires où des étudiants supervisés voient des clients à moindre coût.
Combinez. Un groupe plus quelques séances individuelles, ça va plus loin que l'un ou l'autre seul. Le groupe, pour moi, ç'a été inégal, mais il en est resté quelque chose. J'en parle dans ce qu'est vraiment la thérapie de groupe.
Tenez votre propre dossier. Une page. Votre histoire, vos diagnostics, ce qui a aidé, ce qui n'a pas aidé. Donnez-la à la prochaine personne. Ça vous sauve trois séances de liste d'épicerie.
Retournez-y avant la crise. Moi, j'attendais que tout soit en feu. Ne faites pas comme moi là-dessus.