Ma plus grande peur face aux antidépresseurs, ce n'était pas les effets secondaires écrits sur le feuillet. C'était ça : et si la pilule marche, pis que celui qui se réveille, ce n'est plus moi?
J'ai bâti des entreprises sur l'intensité. Je pars des projets avec une énergie qui fait peur au monde, puis je m'effondre. J'écris, je photographie, je conçois des jeux. Quelque part dans ma tête, je croyais que le sombre et le lumineux sortaient du même puits, et que si un médecin mettait un couvercle sur l'un, l'autre partirait aussi. Bien des gens ont la même crainte, surtout les créatifs, et surtout les hommes qui ont passé leur vie à être « l'intense de la gang ».
Alors, la réponse simple. Les antidépresseurs ne changent pas votre personnalité pour une autre. Ils agissent sur l'humeur, et l'humeur colore tout, donc le changement peut sembler gros. Le NHS britannique mentionne des changements d'humeur comme se sentir plus en colère ou émotionnellement engourdi parmi les effets secondaires possibles, et certaines personnes se décrivent comme « à plat ». C'est réel, et ça vaut la peine d'en parler à son médecin. Mais pour beaucoup de gens, le plus gros changement de personnalité, c'est la dépression elle-même qui l'avait fait. Le traitement leur a redonné un bout d'eux-mêmes.
Une précision avant d'aller plus loin : je ne suis pas médecin et ceci n'est pas un avis médical. Je ne nomme aucun médicament et je ne parle pas de doses, volontairement. Pour votre situation, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.
Les antidépresseurs peuvent-ils rendre émotionnellement engourdi?
Oui, chez certaines personnes. Le NHS le nomme clairement. Les gens le décrivent de différentes façons : le volume baissé, les hauts et les bas sablés, les larmes qui ne viennent plus, la musique qui ne fait plus le même effet.
Ce que j'ai mis des années à comprendre, c'est que l'engourdissement peut venir de deux places, et que de l'intérieur, elles se ressemblent beaucoup. La médication, ou la dépression qui n'est pas encore complètement partie. La dépression est très forte pour vous aplatir. C'est pour ça que ça vaut la peine de décrire exactement ce que vous ressentez à la personne qui prescrit, au lieu de décider tout seul d'où ça vient.
Il y a aussi le délai. Selon le NHS, les antidépresseurs commencent habituellement à agir après une ou deux semaines et peuvent prendre jusqu'à huit semaines pour donner leur plein effet. Le National Institute of Mental Health américain ajoute que le sommeil, l'appétit et l'énergie s'améliorent souvent avant l'humeur. Les premières semaines peuvent donc être un drôle d'entre-deux. Le corps va un peu mieux, la tête est encore grise. Ce n'est pas la version finale de vous.
La dépression change-t-elle plus la personnalité que les pilules?
D'après mon expérience, de loin.
Quand je suis creux dedans, je ne suis pas drôle. Je ne suis pas curieux. Je ne commence rien. Je suis bête avec le monde, je me cache, j'annule. Le gars que tout le monde connaît dans un party, celui qui mène la salle, disparaît au complet. Si vous m'aviez rencontré au pire, vous n'auriez pas reconnu le « vrai » moi pantoute.
Alors quand des proches m'ont dit que j'avais l'air plus calme, ou plus moi-même, j'ai dû digérer ça. Ma première réaction a été de me hérisser : quoi, la version bruyante, ce n'était pas moi? Mais ils ne disaient pas qu'ils me voulaient plus tranquille. Ils disaient qu'ils arrivaient à me rejoindre à nouveau.
Et les hauts? Est-ce qu'un traitement m'enlèverait mon énergie?
C'est la partie sur laquelle je m'obstine encore avec moi-même.
Le cycle élan puis effondrement me suit depuis toujours. Une partie de moi a toujours pensé que l'élan, c'était le Rob authentique, et que le reste était une copie de moindre qualité. Si un traitement lisse tout ça, est-ce que je perds quelque chose?
Peut-être un peu. J'ai aussi perdu une partie des crashs, et ceux-là me coûtaient des entreprises, des relations et des années. Je ne vous dirai pas que l'échange vaut toujours la peine, parce que c'est votre cerveau et votre vie. Je vous dis de regarder le cycle au complet, pas juste le bout qui fait du bien.
Si vos variations d'énergie sont grandes, mentionnez-le avant de commencer un antidépresseur. Votre médecin a besoin de cette information. Certains profils d'humeur demandent une autre approche, et c'est à lui ou à elle d'en décider avec vous, pas à moi.
Si je ne me sens pas moi-même sous médication, je fais quoi?
N'arrêtez pas tout seul. Le NHS et le NIMH sont clairs là-dessus : on n'arrête pas un antidépresseur d'un coup ni sans en parler à son médecin. Si arrêter est la bonne décision, votre médecin peut vous aider à diminuer graduellement, sur des semaines ou des mois selon le NHS. Arrêter vite et seul, c'est comme ça que bien des gens finissent par se sentir pire et par se le reprocher.
Ce qui aide, c'est d'être précis. Pas « je me sens bizarre », mais plutôt « je ne pleure plus devant des choses qui me faisaient pleurer », « mes idées se sont taries », « rien ne me touche, ni le bon ni le mauvais ». Notez-le pendant une semaine avant le rendez-vous si votre mémoire se vide chez le médecin (la mienne, oui).
Il y a des options. Laisser plus de temps, ajuster, changer de médicament, ajouter de la thérapie. Laquelle vous convient, c'est une discussion entre vous et la personne qui prescrit, ou votre pharmacien. Et la médication n'est pas toute l'histoire pour la plupart des gens. La thérapie a fait un autre travail chez moi; j'explique ce qui se passe à une première séance si vous n'avez jamais essayé.