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Colère et crises

Crise autistique ou crise de colère? La version adulte

La réponse courte

Quelle est la différence entre une crise autistique et une crise de colère chez l'adulte?

La crise de colère a un but : la personne veut quelque chose, et ça s'arrête habituellement quand elle l'obtient ou quand plus personne ne regarde. La crise autistique est une perte de contrôle involontaire causée par une surcharge sensorielle, émotionnelle ou d'information. Elle peut arriver seul, sans but, et laisse souvent la personne vidée et honteuse.

Pendant presque toute ma vie de travail, si vous aviez demandé aux gens autour de moi, ils auraient appelé mes explosions des crises de bacon. Un adulte, le boss en plus, qui pète sa coche pour une niaiserie. C'est de bonne guerre. C'est de quoi ça avait l'air.

Le mot « meltdown », la crise autistique, je ne l'ai eu qu'en 2022, avec un diagnostic de trouble du spectre de l'autisme (TSA) tombé pendant un effondrement dans les années COVID. Et là, j'avais un nouveau problème. Lesquelles étaient lesquelles?

Alors, la réponse simple d'abord. La crise de colère a un but. La personne veut quelque chose (de l'attention, du contrôle, gagner) et ça s'arrête en général quand elle l'obtient, ou quand il n'y a plus de public. La crise autistique n'a pas de but. C'est une perte de contrôle involontaire quand on frappe un mur de surcharge sensorielle, émotionnelle ou d'information. Elle peut arriver sans personne autour. Obtenir ce qu'on « veut » ne l'arrête pas, parce qu'on ne voulait rien.

Ça, c'est la version du manuel. La vraie vie est plus sale.

Ce qu'est une crise autistique, selon ceux qui l'étudient

La National Autistic Society (en anglais) décrit la crise autistique comme une réaction intense à une situation qui déborde, où la personne perd temporairement le contrôle de son comportement. Ça peut sortir en cris, en pleurs, en gestes brusques. L'organisme est clair : ce n'est pas la même chose qu'une crise de colère, et ce n'est pas un mauvais comportement.

Un organisme britannique, Exceptional Individuals (en anglais), résume la différence en une phrase que je garde en tête : la crise de colère a besoin d'un public, la crise autistique, non. Ils rappellent aussi qu'une crise ne sort pas toujours vers l'extérieur. Des fois, elle rentre en dedans, une implosion : la personne ne peut plus parler ou se sent déconnectée.

Il y a de la recherche avec des adultes autistes aussi. Dans une étude qualitative, des participants disaient ne pas se sentir « eux-mêmes » pendant une crise. Ça me parle. C'est comme si le volant vous restait dans les mains.

La partie honnête

J'aimerais vous dire que toutes mes robplosions étaient des crises autistiques. Ce serait bien pratique.

Ce n'est pas vrai.

Certaines, c'était de la surcharge, aucun doute. Trop de bruit, trop de monde, trop d'heures à faire semblant d'être normal, puis un petit rien et j'étais parti. Impossible de m'arrêter, même si on m'avait payé. Après, j'étais vidé, comme si j'avais couru un marathon auquel je ne m'étais jamais inscrit, et des bouts restaient flous.

D'autres, pour être franc, c'était du caractère. Un gars habitué de mener, qui obtenait ce qu'il voulait en étant le plus fort dans la pièce. Celles-là, j'aurais pu les arrêter. Je ne l'ai pas fait, parce que ça marchait.

Les deux sont classées dans le même tiroir dans ma tête, sous le même mot. Les démêler, ça a été une des affaires les plus utiles que j'ai faites. Une des moins confortables aussi.

Comment faire la différence chez soi

Voici les questions que je me pose maintenant, après coup. Ce n'est pas un test diagnostique. Ça aide, c'est tout.

  • Est-ce que je voulais quelque chose? Si l'explosion visait un résultat (faire reculer quelqu'un, avoir le dernier mot), ça penche du côté de la crise de colère.
  • Est-ce que ça se serait arrêté si je l'avais eu? Si oui, même affaire.
  • Est-ce que j'aurais pu arrêter en plein milieu? Honnêtement. Si quelqu'un d'important était entré, est-ce que j'aurais fermé la switch?
  • C'était quoi, la journée avant? La crise autistique arrive souvent au bout d'une accumulation. Si j'étais en surcharge depuis des heures, ça penche de ce côté-là.
  • Comment je m'en souviens? Exceptional Individuals note que beaucoup d'adultes autistes ont de la misère à penser, ou même à se souvenir, pendant une crise. Si mon souvenir est net et précis, j'étais probablement plus aux commandes que je voudrais l'admettre.
  • Comment était mon corps après? Les vraies crises me laissent à terre pour des heures.

Vous allez remarquer que les réponses peuvent être mélangées. Les miennes le sont souvent.

Pourquoi l'étiquette compte (et où elle arrête de compter)

Elle compte parce que la solution n'est pas la même.

Si c'est une crise autistique, le travail porte surtout sur la charge. Moins de déclencheurs, plus de temps pour récupérer, connaître ses signes d'avertissement, avoir une porte de sortie. J'en parle dans Oui, les adultes autistes font des crises.

Si c'est de la colère utilisée comme outil, le travail porte sur l'habitude et sur ce qu'elle nous rapporte. D'autres outils, souvent un psychologue, et un regard dur sur pourquoi crier semble être la seule façon de se faire entendre.

Là où l'étiquette arrête de compter, c'est pour les gens en face. Une crise autistique peut faire peur quand même. Si les gens qui vivent avec vous ont peur de vos explosions, peu importe comment vous les appelez, on est dans la violence, et c'est à vous d'aller chercher de l'aide, pas à eux d'endurer. J'en parle dans Vivre avec les crises, et où est la limite.

Et pour mon propre bordel, c'est dans Pourquoi j'explose pour des riens (la robplosion).

Un mot pour ceux qui regardent

Si quelqu'un près de vous est en pleine crise autistique, le conseil de la NAS est simple : ne jugez pas, donnez-lui du temps, rendez l'endroit plus calme, demandez si ça va et attendez-vous à ce que la réponse prenne du temps. Argumenter avec quelqu'un en pleine crise, c'est comme argumenter avec un détecteur de fumée. Attendez que ça arrête.

Les questions qu'on pose

Est-ce que les adultes font des crises de colère?

Bien sûr. Une crise de colère, c'est utiliser une explosion émotive pour obtenir un résultat, et les adultes le font au travail, dans le trafic, en couple. Être autiste ne veut pas dire que chaque explosion est une crise autistique.

Une crise autistique peut-elle arriver quand on est seul?

Oui, et c'est un des signes les plus clairs. Comme c'est une réaction à la surcharge, ça n'a pas besoin de public. Beaucoup d'adultes autistes tiennent le coup en public et s'effondrent à la maison, ou seuls dans leur char.

Quelle différence entre une crise et un shutdown?

La crise sort : cris, pleurs, parfois des objets qui revolent. Le shutdown rentre : la personne devient silencieuse, ne peut plus parler, se retire ou a l'air absente. Les deux viennent de la surcharge, comme l'explique Simply Psychology (en anglais).

Dire « crise autistique », est-ce juste une excuse?

Ça peut servir d'excuse, et ça, c'est la responsabilité de celui qui s'en sert. La crise explique ce qui s'est passé. Elle n'efface pas l'effet sur les autres. On répare quand même, et on travaille quand même sur la charge pour que ça arrive moins.

Sources

  1. National Autistic Society, Meltdowns (en anglais)
  2. Exceptional Individuals, Autistic meltdown versus a tantrum (en anglais)
  3. PubMed, étude qualitative sur les crises chez les adultes autistes (36632658)
  4. Simply Psychology, Are autistic emotional outbursts misunderstood as bad behavior? (en anglais)

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