Pendant longtemps, j'ai pensé que la dépression, ça se battait. Comme une grippe, ou une mauvaise année. On passe à travers, on ressort de l'autre bord, pis c'est réglé.
Ça ne s'est pas passé comme ça pour moi. La dépression fait partie de ma vie depuis longtemps, mêlée à la consommation, aux crashs après mes grosses poussées d'énergie, à cinquante ans sans savoir que j'avais un TSA. Elle est partie. Elle est revenue. Elle est repartie. Chaque fois qu'elle levait, j'étais certain que c'était fini. Chaque fois, je me trompais.
Alors voici la réponse franche. Chez certaines personnes, un épisode de dépression se termine et ne revient jamais. Chez beaucoup d'autres, elle revient, et plus on a eu d'épisodes, plus le prochain devient probable. C'est pour ça que les lignes directrices cliniques parlent autant de prévention de la rechute, pas seulement de guérison. La dépression peut se taire pendant des années. Personne ne peut vous garantir qu'elle est partie pour toujours. Moi non plus.
Dit comme ça, c'est déprimant (désolé). Je ne pense pas que ce le soit tant que ça. Je vous explique.
Pourquoi la dépression revient-elle?
Personne ne le sait au complet. Je ne suis pas médecin, alors prenez ça comme un mélange de ce que j'ai lu et de ce que j'ai vécu.
Au Royaume-Uni, la ligne directrice sur la dépression chez l'adulte (NICE NG222) considère que certaines personnes ont un risque plus élevé de rechute une fois rétablies, et qu'on devrait leur offrir une aide précise pour rester bien. Au Canada, la mise à jour 2023 des lignes directrices CANMAT consacre toute une section à la prévention des récidives. On n'écrit pas une section complète sur quelque chose de rare.
Chez moi, elle n'est jamais revenue de nulle part. Elle passait par des portes que j'avais laissées ouvertes. Mal dormir. M'enfermer à la maison. Pousser comme un fou sur un projet pendant des mois, puis frapper le mur. Consommer, à l'époque. Et les vieux réflexes dans ma tête, la petite voix qui dit que je suis un imposteur et que le monde me tolère, sans plus. Cette voix-là était là avant la dépression, et elle attendait encore après.
Il y a une autre couche dans mon cas. Apprendre à 50 ans que j'ai un TSA a expliqué une bonne partie de la fatigue. Des années à masquer, à jouer le gars « normal » dans des pièces qui me vidaient, ça m'a usé d'une façon qui ressemblait pas mal à la dépression. C'en était en partie. Le reste, c'était de l'épuisement autistique. J'en parle dans épuisement ou dépression.
Aller mieux, ça ressemble à quoi?
Pour moi, aller mieux, ça marche plus comme un bouton de volume qu'une ligne d'arrivée.
Par bouts, le volume est bas et j'y pense à peine. D'autres fois, il monte tranquillement, et je le remarque d'abord dans des petites affaires. Je ne réponds plus aux messages. La maison devient très silencieuse. J'arrête de prendre des photos. La colère part plus vite, ce qui m'a surpris jusqu'à ce que je lise sur la colère comme visage de la dépression. J'ai appris, lentement et mal au début, que ce sont des signaux et non une preuve que je suis une mauvaise personne.
Deux affaires que je crois aujourd'hui. Vous avez le droit de ne pas être d'accord.
- Si la dépression part pendant cinq ans, ça fait cinq ans de vie. Je refuse d'appeler ça un échec parce qu'elle est revenue.
- La reprendre tôt change tout. Un creux qu'on remarque à la deuxième semaine, ce n'est pas le même problème qu'un creux qu'on remarque au sixième mois.
Est-ce que quelque chose réduit vraiment le risque?
Oui. C'est la partie qui m'a redonné un peu d'espoir.
La thérapie cognitive basée sur la pleine conscience (MBCT, en anglais) a été conçue pour les gens qui rechutent à répétition. Dans le premier grand essai (Teasdale et ses collègues, 2000), les personnes qui avaient déjà eu trois épisodes ou plus et qui ont reçu la MBCT en plus de leurs soins habituels ont eu un risque de rechute nettement plus bas sur 60 semaines. Chez celles qui n'avaient eu que deux épisodes, ça n'a rien changé. NICE la recommande pour prévenir la rechute, et CANMAT l'inclut aussi.
Je vais être honnête. La première fois qu'on m'a dit d'être « en pleine conscience », j'ai eu envie de lancer quelque chose. Ça sonnait comme un aimant de frigidaire. La MBCT s'est avérée autre chose : un entraînement pour remarquer la glissade tôt, les pensées du genre « ça recommence », et pour ne pas les suivre jusqu'en bas de l'escalier. Le livre écrit par les gens qui l'ont conçue est celui que je donnerais en premier.
Méditer pour ne plus déprimer (The Mindful Way Through Depression)
Williams, Teasdale, Segal, Kabat-Zinn
Mon avis. La pleine conscience par ceux qui ont créé la MBCT, l'approche qui aide à éviter les rechutes de dépression.
À savoir. Ça marche seulement si on pratique. Tous les jours.
Ça marche seulement si on pratique. Tous les jours. Je ne suis pas bon dans le « tous les jours ». J'y travaille.
Les lignes directrices parlent aussi de rester en traitement assez longtemps après qu'on se sent mieux, de thérapie, de sommeil, de bouger, et de gens. Si vous prenez un médicament, ne l'arrêtez pas de vous-même parce que ça va bien; parlez-en d'abord à votre médecin ou à votre pharmacien. Les gens, c'est mon point faible. Je peux animer une salle pleine, mais ceux dont je suis le plus proche sont loin d'ici, j'en parle dans des amis proches, mais aucun près de chez moi.
Ce que je dirais à quelqu'un qui sort d'une dépression
Profitez-en. Pour vrai. Ne passez pas vos bons mois à attendre le prochain mauvais.
Mais pendant que vous avez la tête claire, écrivez à quoi ressemblent vos premiers signes. Donnez-en une copie à quelqu'un à la maison, si c'est possible. La mienne dirait à peu près : ne répond plus, dort à des heures bizarres, devient bête, arrête de créer. Sandra, ma conjointe, le voit souvent avant moi. Pas toujours.
Et si ça revient, vous n'avez pas échoué. La dépression fait parfois ça. Retournez vers ce qui vous a aidé. Au Québec, ça peut commencer par votre médecin de famille, votre CLSC ou le 811 option 2 (Info-Social). Relief, l'organisme qu'on appelait Revivre, offre de l'information claire sur la dépression et des groupes d'entraide.
Si ça se rend un jour jusqu'à penser à mourir, c'est le moment d'appeler, pas d'attendre que ça passe. Au Québec : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553), texto au 535353, ou clavardage sur suicide.ca. Ailleurs au Canada et aux États-Unis : 988.