robplosions
Solitude et liens

Pourquoi une belle soirée me vide complètement

La réponse courte

Pourquoi je suis épuisé après avoir vu du monde?

Socialiser peut vider même quand ça va bien, parce que le cerveau fait beaucoup de travail invisible : traiter le bruit et les visages, lire les signaux, gérer l'image qu'on projette. Chez les personnes autistes, le masquage et la surcharge sensorielle alourdissent la charge. La fatigue est réelle, et prévoir du temps de récupération aide.

La soirée avait été parfaite. Du bon monde, de la bonne bouffe, j'étais drôle, personne ne s'est chicané. Je suis rentré content.

Le lendemain, je n'étais pas capable d'aligner deux phrases. Je ne voulais voir personne, même pas la personne avec qui je vis. Les sons étaient trop forts. J'étais assis dans la cuisine comme si quelqu'un avait tiré le bouchon en dessous de moi.

Pendant la majeure partie de ma vie, je n'ai pas compris ça. Si ça s'est bien passé, pourquoi je me sens comme si un camion m'avait passé dessus?

Voici la réponse courte, que j'aurais aimé entendre il y a trente ans. Socialiser peut te vider même quand ça va bien, parce que ton cerveau fait rouler un paquet de travail en arrière-plan. Les visages, les voix, le bruit, le timing, quoi dire ensuite, de quoi t'as l'air. Chez les personnes autistes, il y a souvent une couche de plus : filtrer des stimulations que les autres ignorent sans effort, et masquer, c'est-à-dire faire l'effort d'avoir l'air « normal ». La fatigue est réelle. T'es pas en train d'exagérer ni d'être sauvage.

Ce qui se passe pour vrai là-dedans

Laisse-moi essayer de le décrire de l'intérieur.

À un souper de huit personnes, je surveille qui parle, qui s'apprête à parler, si j'ai trop parlé, si ma blague a passé, si cette face-là voulait dire quelque chose. La musique joue. Quelqu'un gratte son assiette avec sa fourchette. Il y a une conversation à la table d'à côté que mon cerveau tient absolument à suivre. On me pose une question et il faut que je trouve une réponse qui sonne relax, vite.

Rien de ça ne paraît. De l'extérieur, j'ai l'air correct. Bien, même.

La National Autistic Society décrit la surcharge sensorielle comme le fait de recevoir plus d'information qu'on est capable d'en traiter. Parmi les déclencheurs fréquents, elle nomme les voix fortes, la musique, les bruits inattendus et le bruit de fond. En gros, un samedi soir au resto.

Ensuite, il y a le masque. La NAS décrit le masquage comme le fait de paraître non autiste, consciemment ou pas, et dit que ça peut mener à un épuisement mental et physique, parfois jusqu'au burnout autistique. Ça m'a parlé. Pendant cinquante ans, je ne savais pas que je le faisais. Je savais juste qu'après avoir été « allumé », ça me prenait des jours pour revenir.

Pas juste une affaire d'autisme

Je veux être juste. Bien des gens non autistes ont aussi des lendemains de veille sociaux. Les introvertis connaissent ça. Ceux qui ont de l'anxiété sociale aussi, parce qu'ils passent la soirée sur le qui-vive. Ceux qui sont en dépression aussi, parce que tout coûte plus cher quand le réservoir est déjà bas.

Donc, être épuisé après du monde, ça ne veut pas dire à soi seul que t'es autiste. Ça veut dire que ton système dépense plus que ça en a l'air. Ça vaut la peine d'y porter attention.

Le piège : « belle soirée » ne veut pas dire « soirée gratuite »

L'erreur que j'ai faite pendant des décennies : croire que si j'avais aimé ça, ça ne m'avait rien coûté. J'enchaînais. Party le vendredi, dîner le samedi, famille le dimanche. Le lundi, j'étais à pic avec tout le monde, et je ne faisais pas le lien.

Le plaisir et l'épuisement ne s'annulent pas. Une soirée peut être les deux. Une super belle soirée peut quand même vider le réservoir.

Quand j'ai accepté ça, j'ai arrêté de me sentir coupable d'avoir besoin d'une journée tranquille après. J'ai aussi mieux compris certaines de mes explosions. Quand je suis déjà surchargé, un petit problème niaiseux déclenche une réaction énorme. (C'est une autre histoire, celle de la robplosion.)

Ce qui m'aide

Rien de compliqué. Juste des affaires que j'ai testées sur moi.

Réserver la journée de récupération avant l'événement. Si le party est samedi, dimanche est vide. Exprès. Pas « si j'en ai envie ». Planifié.

Arriver avec une sortie. Mon propre char. Une heure de départ déjà décidée. La permission de partir tôt sans faire de discours. Savoir que je peux partir me fait souvent rester plus longtemps.

Baisser le volume. Ça, c'est physique. Les restos aux murs durs avec de la musique, c'est le pire pour moi. J'ai commencé à mettre mes AirPods Pro, réduction de bruit activée, ce qui coupe le bruit mais me laisse entendre la personne à côté. La NAS nomme les protecteurs auditifs et les écouteurs à réduction de bruit parmi les outils que des personnes autistes trouvent utiles, avec un bémol honnête : s'en servir tout le temps peut augmenter la sensibilité à la longue. Alors je les garde pour les places bruyantes.

Outil

Apple AirPods Pro (noise cancelling)

Apple

Mon avis. Je ne jure que par ça. La moitié du temps, il n'y a même pas de musique. Juste la réduction de bruit, et le monde baisse de quelques crans. Ça fait des merveilles les jours de surcharge.

À savoir. Pas donnés, et faits pour l'univers Apple : certaines fonctions marchent mieux avec un iPhone.

Amazon.caAmazon.comLien affilié. Je peux toucher une petite commission, sans frais pour vous.

Prendre des pauses pendant. Sortir dehors cinq minutes. La salle de bain. Aider dans la cuisine. N'importe quoi avec moins de stimulation.

Plus petit, plus court. Deux personnes pendant une heure, c'est un autre univers que douze personnes pendant cinq heures. Je dis oui plus facilement à la petite version.

Ne pas en faire une raison d'arrêter de sortir. C'est celle-là que je combats. Quand sortir coûte aussi cher, le réflexe facile, c'est d'arrêter. C'est comme ça que je me suis retrouvé dans la bulle plus d'une fois. Ce que je vise maintenant, c'est le genre de social dont je suis capable de me remettre.

Quand c'est plus que de la fatigue

Si le crash après le monde devient des journées à plat, si chaque invitation te donne mal au ventre, ou si t'as complètement arrêté de sortir, parles-en à un médecin ou à un psychologue. Ça peut être un burnout ou une dépression, pas juste un lendemain de veille. J'explique comment j'ai appris à faire la différence dans ce qu'est vraiment le burnout autistique.

Les questions qu'on pose

Pourquoi je suis épuisé après avoir socialisé, même quand ça s'est bien passé?

Ton cerveau fait beaucoup de travail invisible en société : traiter le bruit et les visages, lire les signaux, gérer l'image que tu projettes. Avoir du plaisir n'annule pas ce coût. Chez les personnes autistes, la surcharge sensorielle et le masquage en rajoutent.

C'est quoi, un lendemain de veille social?

C'est une façon de nommer l'épuisement, l'irritabilité ou le besoin d'être seul après des contacts sociaux. C'est fréquent chez les introvertis, les personnes autistes et celles qui ont de l'anxiété sociale. Prévoir du temps tranquille après, c'est la solution la plus simple.

L'épuisement social, est-ce un signe d'autisme?

Pas à lui seul. Bien du monde est fatigué après avoir socialisé. Mais si ça vient avec de la surcharge sensorielle, l'impression de jouer un rôle et de longues récupérations, ça vaut la peine de lire sur le masquage et d'en parler à un professionnel.

Comment récupérer après une sortie?

Prévois une journée vide après les gros événements, coupe le bruit quand tu peux, prends des pauses pendant, et garde les rencontres petites quand c'est possible. Si tu crashes pendant des jours, parles-en à un médecin.

Sources

  1. National Autistic Society, Autism and sensory processing
  2. National Autistic Society, Masking
  3. Fédération québécoise de l'autisme

Besoin d'aide?

Si vous risquez de passer à l’acte ou si vous êtes en danger, appelez le numéro d’urgence local maintenant.

Plus de lignes d'aide →