Pendant une bonne partie de ma vie, j'étais le gars que tu voulais à ton party.
Des histoires prêtes. Des jokes qui passent. De l'énergie à revendre. Si une conversation mourait, je la ranimais. Si quelqu'un était mal à l'aise, j'allais le chercher. PDG d'une agence web, plus tard à la tête d'un centre de plongée en Indonésie, toujours en avant. Le monde me disait que c'était naturel chez moi.
Puis je rentrais, je fermais la porte, et j'avais l'impression d'enlever un costume de quarante livres.
J'ai reçu mon diagnostic de trouble du spectre de l'autisme (TSA) seulement à 50 ans. Depuis, je repasse tous ces partys-là avec la même question. Est-ce que c'était moi, tout ça?
Voici où j'en suis. Être le boute-en-train peut être une forme de masquage. Pas toujours. Certaines personnes sont juste de même, adorent ça, et rentrent chez eux sur un high. Mais pour d'autres, surtout les personnes autistes diagnostiquées tard, la grosse personnalité sociale est une stratégie. Elle garde la conversation entre nos mains et les bouts qui font peur hors de vue, et elle coûte bien plus cher que ce que les autres voient.
C'est quoi, le masquage
La National Autistic Society décrit le masquage, qu'on appelle aussi camouflage, comme une stratégie que certaines personnes autistes utilisent, consciemment ou pas, pour avoir l'air non autistes. C'est une façon de se fondre dans le décor et de se faire accepter.
Quand on pense au masquage, on imagine souvent la personne tranquille qui se force à regarder dans les yeux et qui copie le small talk. Ça en fait partie. Mais il y a une version plus bruyante dont on parle moins. Être tellement social, tellement drôle, tellement allumé, que personne ne pense à regarder en dessous.
C'était la mienne. Si c'est moi qui raconte l'histoire, ce n'est pas moi qui me fais poser des questions. Si je fais rire tout le monde, personne ne remarque que je ne sais pas quoi faire de mes mains. L'humour comme volant.
Plaisir ou performance : comment faire la différence
Je ne pense pas que c'est l'un ou l'autre. J'adore faire rire une salle. Ça, c'était vrai et ça l'est encore. Mais une partie de ce que je faisais, c'était de la performance, et voici les signes que j'ai appris à repérer chez moi :
Je m'étais préparé. Des histoires et des répliques prêtes avant d'entrer. Des petits scripts qui roulaient dans le char.
Je me surveillais tout le long. Une partie de mon cerveau était dans le public, à noter ma performance.
Je me sentais comme quelqu'un d'autre après. Pas juste fatigué. Comme si je devais revenir dans mon propre corps.
La récupération était démesurée. Un party de quatre heures, deux jours sans vouloir parler. (Plus là-dessus dans pourquoi une belle soirée me vide.)
Personne dans la salle ne me connaissait pour vrai. Une grosse foule, et mon vrai monde loin d'ici. C'est un autre texte.
Si tu te reconnais dans trois ou quatre de ces signes-là, ça vaut la peine de te poser la question. Sans paniquer. Juste te la poser.
Ce que ça m'a coûté
La NAS énumère ce à quoi le masquage peut mener, et ce n'était pas confortable à lire. Un épuisement mental et physique, qui peut mener au burnout autistique. La perte du sens de soi, surtout chez les gens diagnostiqués tard qui ne savent plus trop qui est sous le masque. Un sentiment d'isolement et de déconnexion. Elle le relie aussi à des difficultés de santé mentale, incluant plus d'idées suicidaires. C'est pas rien, et avec mon historique, je ne le dis pas à la légère.
Chez moi, la facture est arrivée de plusieurs façons. Je crashais après les grosses poussées. Je perdais le fil entre ce que j'aimais vraiment et ce qui faisait rire. Et quand ma santé mentale a vraiment déraillé, le monde était surpris. « Toi? T'es toujours de bonne humeur. » Cette surprise-là m'a montré à quel point le masque marchait bien, et à quel point j'étais seul derrière.
L'effondrement des années COVID, celui qui a mené à mon diagnostic, est arrivé après des décennies de ça. Je ne pense pas que le masque soit la seule cause. Mais il n'a pas aidé. J'en parle dans comment le masque m'a brisé.
Faut-il arrêter d'être le drôle de la gang?
Non. Je ne dirai à personne d'arrêter d'être drôle. Je ne vais pas arrêter non plus.
Ce que j'essaie est plus petit que ça. Remarquer quand je performe et quand j'ai du plaisir. Laisser un silence exister des fois au lieu de le sauver. Dire « je suis brûlé » au lieu d'en faire un numéro. Partir plus tôt. Dire à une ou deux personnes ce qui se passe vraiment avec moi, pour qu'il y ait quelqu'un qui a vu derrière le rideau.
Et me pardonner les décennies passées à faire ça. Le masque, c'est comme ça que j'ai passé au travers. Ça se tenait, pour un gars qui ne savait pas pourquoi il se sentait différent. J'en ai juste plus besoin partout. Il y a plus là-dessus dans enlever un masque de 50 ans.
Si tu te reconnais et que t'as jamais été évalué, ça peut valoir la peine de regarder ça. Pour moi, le diagnostic a expliqué une fatigue que je me reprochais depuis toujours.