Avertissement : ce texte parle d'héroïne et de sevrage des opioïdes. Il n'y a pas de mode d'emploi ici, et c'est voulu.
J'ai consommé de l'héroïne. Je n'en prends plus, depuis seize ans. Je ne vous raconterai pas comment j'en suis sorti, étape par étape. En partie parce que c'est à moi. Surtout parce que ce qui m'est arrivé n'est pas un plan, et la dernière chose dont vous avez besoin, c'est d'un gars sur Internet qui fait passer son histoire pour un protocole.
Ce que je vais vous dire, c'est la seule chose dont je suis certain. La façon sécuritaire de traverser un sevrage d'opioïdes, c'est avec de l'aide médicale. Pas tout seul dans une chambre. Pas avec une liste de trucs trouvée sur un forum. Un médecin, une clinique, l'urgence, un service de désintoxication, une ligne d'aide qui va vous diriger vers un de ceux-là. Le sevrage lui-même est brutal et peut vous déshydrater dangereusement. Mais le risque le plus épeurant vient après, et presque personne qui consomme ne le sait avant qu'il soit trop tard.
Pourquoi ne pas faire son sevrage tout seul
C'est la partie que j'aurais voulu qu'on me dise en premier.
Quand on arrête les opioïdes, la tolérance baisse. Vite. Le corps oublie ce qu'il était capable d'encaisser. Si on reconsomme, même une fois, même « juste un peu » comparé à avant, la quantité qu'on prenait avant peut maintenant tuer. Selon MedlinePlus, de la National Library of Medicine américaine (en anglais), la plupart des décès par surdose d'opioïdes surviennent chez des personnes qui viennent de faire un sevrage.
Relisez ça. Le danger, ce n'est pas seulement le sevrage. C'est la semaine d'après, le mois d'après, quand on se sent un peu mieux et qu'on pense être capable d'en prendre une dernière fois. J'ai écrit un texte au complet sur pourquoi une rechute après des années d'abstinence est si dangereuse, parce que la même chose s'applique des années plus tard.
C'est la plus grosse raison de faire ça avec une équipe médicale. Elle ne vous aide pas seulement à passer à travers le bout malade. Elle vous aide à prévoir la suite, pour que vous ne sortiez pas du sevrage avec une tolérance à zéro et rien en place.
C'est comment, un sevrage
Je ne vais pas faire semblant que c'est une grippe. Ce ne l'est pas. MedlinePlus décrit de l'anxiété, des douleurs musculaires, de la sueur, de l'insomnie, puis des crampes, des nausées, des vomissements et de la diarrhée. C'est très pénible, mais habituellement pas mortel en soi. Le problème, c'est ce que ça fait au corps : les vomissements et la diarrhée peuvent déshydrater et dérégler les sels minéraux, et ça peut devenir grave.
Ce qui n'est sur aucune liste de symptômes, c'est le bout dans la tête. L'angoisse. Le marchandage. La petite voix qui dit : une dernière, pis tu le feras comme il faut la semaine prochaine. Pour bien du monde, moi inclus, la peur du sevrage est une grosse partie de ce qui fait continuer. Si c'est votre cas, sachez qu'un sevrage avec de l'aide médicale peut être bien plus supportable que la version que vous imaginez.
À quoi ressemble l'aide médicale
Vous n'avez pas besoin d'avoir tout compris avant d'appeler. C'est leur travail.
Selon l'endroit où vous vivez et votre état, ça peut être :
- Un suivi en externe avec votre médecin de famille ou une clinique, en restant chez vous avec des rendez-vous réguliers.
- Un service de désintoxication ou de gestion du sevrage.
- L'hôpital, si les symptômes sont sévères ou si vous avez d'autres problèmes de santé.
Il existe aussi des médicaments pour le trouble lié à l'usage d'opioïdes. Je ne les nomme pas et je ne vous dis pas quoi prendre. C'est une conversation entre vous, un médecin et un pharmacien. Ce que dit la recherche est assez clair pour que je le répète : selon le National Institute on Drug Abuse (en anglais), les personnes traitées avec ces médicaments font moins de surdoses et meurent moins que celles qui ne reçoivent pas de traitement. Ils réduisent aussi l'envie et les symptômes de sevrage. Certaines personnes en ont honte, comme si elles n'étaient « pas vraiment clean ». Je trouve ça absurde. Rester en vie, c'est ça le but. Et si votre consommation cachait autre chose, une dépression ou un cerveau qui fonctionne autrement, lisez le double diagnostic. C'était le cas pour bien du monde.
Par où commencer, aujourd'hui
Au Québec :
- Drogue : aide et référence : 1 800 265-2626, gratuit, confidentiel, jour et nuit. On vous dira ce qui existe près de chez vous.
- Info-Social 811, option 2, à toute heure.
- Votre médecin de famille, votre CLSC ou l'urgence la plus proche.
- Pour la suite, Portage offre de la réadaptation en résidence.
Ailleurs au Canada, la ligne santé de votre province ou l'urgence est un bon premier appel. Aux États-Unis, la ligne de SAMHSA (1-800-662-4357) oriente vers des traitements, en anglais et en espagnol.
Si quelqu'un est très somnolent, impossible à réveiller, ou respire lentement ou plus du tout, faites le 911 tout de suite. Et si vous ou quelqu'un chez vous consomme des opioïdes, demandez à votre pharmacien une trousse pour renverser une surdose. Gardez-la à un endroit où le monde peut la trouver.
Demander de l'aide, ce n'est pas échouer
Pendant des années, j'ai cru qu'aller voir un médecin pour ma consommation voulait dire que j'avais perdu. Qu'un vrai homme s'arrange tout seul. Cette idée-là a failli me coûter cher. C'est une idée niaiseuse et j'aimerais qu'elle meure avec ma génération.
Le soutien entre pairs aide aussi, une fois le pire passé. Narcotiques Anonymes Québec, SMART Recovery et d'autres groupes sont gratuits. J'ai un texte qui compare NA et SMART Recovery. Mais les groupes, c'est pour après, une fois en sécurité sur le plan médical, pas à la place.