robplosions
Estime et sabotage

Quand on se déteste (ce qui m'a aidé, et où trouver de l'aide)

Avertissement : cet article parle de suicide. Si ça va mal en ce moment, parlez d'abord à quelqu'un. L'article va encore être là.

La réponse courte

Quoi faire quand on se déteste?

Voyez la haine de soi comme un symptôme à faire vérifier. Elle accompagne souvent une dépression, un trauma ou une condition jamais diagnostiquée comme l'autisme, et ça se traite. Parlez-en à une personne, consultez un médecin ou un psychologue, et si ça tourne en idées suicidaires, appelez le 1 866 APPELLE (ou le 988 hors Québec) tout de suite.

Si vous pensez à mettre fin à vos jours en ce moment, arrêtez de lire et demandez de l'aide. Au Québec, appelez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553), textez le 535353 ou clavardez sur suicide.ca. Ailleurs au Canada et aux États-Unis, appelez ou textez le 988. Si vous êtes en danger immédiat, faites le 911. Pour les autres pays, les numéros sont sur la page Besoin d'aide maintenant.

Je la connais, la voix. Celle qui se réveille avant vous et qui a déjà décidé quel genre de personne vous êtes. La mienne n'avait pas l'air d'un monstre. Elle avait ma voix à moi, et c'est ça qui la rendait si convaincante.

En 1998, j'ai fait une tentative de suicide. J'ai la mi-cinquantaine aujourd'hui. Je suis encore là, et j'en suis content. Je vous le dis d'entrée de jeu parce que si vous vous détestez au point de lire ce texte, je veux que vous sachiez que ce sentiment-là ment sur sa durée.

Alors, quoi faire quand on se déteste? La réponse courte, honnête : voyez ça comme un symptôme, et allez le faire examiner. La haine de soi accompagne très souvent une dépression, ou quelque chose que personne n'a jamais diagnostiqué, ou les deux. Ça se traite. Parlez-en à une personne. Consultez un médecin ou un psychologue. Et si la haine commence à se transformer en idée de ne plus vouloir vivre, appelez une ligne d'aide le jour même.

La haine de soi, un symptôme à prendre au sérieux

Quand on est dedans, la haine de soi a l'air d'une conclusion. On a regardé la preuve et on a rendu un verdict. C'est comme ça que je le vivais.

En général, c'est autre chose. Le désespoir et le jugement dur envers soi-même sont fréquents dans la dépression, et la dépression est une maladie qui a de vrais traitements. La page de CAMH sur la dépression (en anglais) parle de symptômes qui durent plus de deux semaines et qui nuisent au quotidien. Bien du monde dans cet état ne demande jamais d'aide. CAMH cite un sondage de 2016 où 40 % des Canadiens qui avaient vécu de l'anxiété ou de la dépression n'avaient jamais consulté pour ça.

Si vous êtes autiste, ou si vous vous posez la question, c'est encore plus important. Selon Autistica, les personnes autistes ont quatre fois plus de risques de vivre une dépression, et environ 40 % des adultes autistes en vivront une au cours de leur vie. C'est aussi plus difficile à repérer, parce que bien des personnes autistes ont du mal à nommer ce qu'elles ressentent.

Je ne savais pas que j'avais un TSA avant 50 ans. Pendant cinquante ans, j'ai tenu une liste de tout ce qui « clochait » chez moi, sans explication. La voix fournissait l'explication gratuitement.

Comment je le vivais

La voix utilisait du vrai matériel. C'est ça que personne ne vous dit. Elle n'inventait rien. Elle prenait des choses vraies et elle les empilait.

C'est vrai que j'explosais contre le monde. Des robplosions, comme disait un ami, à l'époque où je dirigeais une entreprise à Vancouver. C'est vrai que j'ai consommé. C'est vrai que je me suis automutilé au secondaire. C'est vrai que je partais des projets avec une énergie folle, puis que je m'effondrais en les laissant à moitié faits. C'est vrai que je quittais les gens avant qu'ils puissent me quitter. La voix prenait chaque morceau et disait : tu vois? C'est ça, toi.

Elle criait le plus fort juste après que quelque chose avait mal tourné. Après une explosion, après un effondrement. La honte entrait et la voix embarquait avec.

Ce que je ne voyais pas, c'est que la liste avait un schéma, et que le schéma avait des causes. Un autisme pas diagnostiqué et une dépression, surtout. La drogue, c'était en partie moi qui essayais de baisser le volume. Ça n'excuse pas ce que j'ai fait vivre au monde. Ça explique pourquoi j'étais si sûr d'être un déchet.

Ce qui m'a aidé

Pas une seule affaire. Plusieurs, sur une longue période, et aucune n'avait l'air d'une révélation sur le coup.

Demander de l'aide à voix haute. En 1998, je me suis fait admettre volontairement en psychiatrie pour me rétablir. Je ne raconte pas ça comme une histoire dramatique. C'était une des premières fois où j'agissais comme si je valais peut-être la peine d'être réparé. Si vous n'avez jamais pensé à l'hôpital comme à une option que vous choisissez vous-même, lisez je me suis fait admettre en psychiatrie.

La thérapie. Lente et parfois fatigante. Utile quand même. Avoir quelqu'un à l'extérieur de ma tête pour regarder la « preuve » avec moi a changé à quel point j'y croyais.

M'éloigner de la drogue. Ça fait seize ans que je n'ai pas touché à la cocaïne ni à l'héroïne. Je ne vous dirai pas que la voix a disparu. Elle a baissé le ton quand j'ai arrêté de mettre de l'huile sur le feu.

Le diagnostic. Être diagnostiqué autiste m'a donné une autre explication que « défectueux ». Même vie. Autre lecture.

Reconnaître la voix comme une voix. Ça m'a pris des années. Apprendre à me dire « bon, c'est la voix » au lieu de « c'est la vérité ». Certains jours, j'y arrive. D'autres, non. Les jours où j'y arrive sont meilleurs.

Si vous en êtes à la haine de soi, sans idées suicidaires, le billet sur l'estime de soi après 50 ans parle des petits gestes de tous les jours.

Quand la haine de soi tourne en idées suicidaires

C'est la partie que je tiens le plus à ce que vous entendiez. Si « je me déteste » commence à devenir « tout le monde serait mieux sans moi » ou « je ne veux plus être là », c'est le moment d'appeler. Pas plus tard. Pas quand ça va empirer.

Vous n'avez pas besoin d'être sûr d'être « assez suicidaire » pour appeler. Les lignes d'aide reçoivent des appels de gens qui ont peur de leurs propres pensées. C'est à ça qu'elles servent. Si vous êtes nerveux à l'idée d'appeler, j'ai écrit sur ce qui se passe vraiment quand on appelle une ligne d'aide. Si le plus dur, c'est d'en parler à un proche, il y a comment dire à quelqu'un qu'on pense au suicide.

Sur suicide.ca, à part le clavardage, il y a de l'information claire en français pour les personnes qui pensent au suicide et pour leurs proches.

Où trouver de l'aide, aujourd'hui

  • Au Québec : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553), texto au 535353, ou clavardage sur suicide.ca. 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Pour une détresse qui n'est pas une crise suicidaire, Info-Social 811 répond aussi jour et nuit.
  • Ailleurs au Canada et aux États-Unis : appelez ou textez le 988. Au Québec, les appels au 988 sont transférés au 1 866 APPELLE.
  • Ailleurs dans le monde : les numéros sont sur la page Besoin d'aide maintenant.
  • Danger immédiat : le 911 ou le numéro d'urgence local.

Je ne suis pas un service d'urgence et je ne peux pas répondre aux crises à travers ce site. Les gens au bout de ces lignes-là, oui. Appelez-les. J'ai la mi-cinquantaine et certains jours, je dois encore me rappeler que la voix ment. Ces rappels sont plus faciles à croire aujourd'hui qu'en 1998, et c'est arrivé parce que je suis allé chercher de l'aide.

Les questions qu'on pose

Pourquoi je me déteste?

Il y a rarement une seule raison. La haine de soi pousse souvent sur une dépression, un trauma, des années à se sentir différent sans savoir pourquoi, ou la honte de choses qu'on a faites. Elle a l'air d'un fait. Dans les faits, c'est le plus souvent un symptôme, et un symptôme, ça se traite.

La haine de soi est-elle un signe de dépression?

Ça peut l'être. Le jugement sévère envers soi-même et le désespoir sont fréquents dans la dépression. Si ça dure depuis plus de deux semaines et que ça nuit à votre vie, consultez un médecin ou un psychologue. Au Québec, vous pouvez commencer par le 811.

Comment arrêter de me détester?

Pas en vous obstinant avec la pensée, en général. Ce qui aide la plupart des gens, c'est un mélange : traiter ce qu'il y a en dessous (la thérapie, parfois une médication dont votre médecin discutera avec vous), en parler à quelqu'un, et apprendre lentement à reconnaître la voix comme une voix. Ça prend du temps. Ça bouge.

Quoi faire si la haine de soi se transforme en idées suicidaires?

Demandez de l'aide le jour même. Au Québec, appelez le 1 866 APPELLE, textez le 535353 ou clavardez sur suicide.ca. Ailleurs au Canada et aux États-Unis, appelez ou textez le 988. En cas de danger immédiat, faites le 911.

Sources

  1. Suicide.ca, Ligne québécoise de prévention du suicide
  2. AQPS, Besoin d'aide urgente
  3. CAMH, Depression
  4. Autistica, Depression and autism
  5. Québec.ca, Info-Social 811

Besoin d'aide?

Si vous risquez de passer à l’acte ou si vous êtes en danger, appelez le numéro d’urgence local maintenant.

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