J'ai la mi-cinquantaine et je fais encore la blague sur moi avant que quelqu'un d'autre ait le temps de la faire. C'est un réflexe. On me complimente sur une photo et j'ai déjà pointé ce qui cloche dedans. L'autodérision, c'est drôle une minute. Après cinquante ans, c'est surtout une habitude qui garde la porte fermée.
Alors, peut-on bâtir son estime de soi après 50 ans? Oui. Et pas juste comme une belle pensée. Les meilleures données que j'ai trouvées disent qu'en moyenne, l'estime de soi continue de grimper à l'âge adulte et culmine quelque part entre 60 et 70 ans. Ça ne veut pas dire que ça va arriver tout seul. Ça veut dire que la fenêtre n'est pas fermée.
Ce que la recherche dit de l'estime de soi et de l'âge
En 2018, une équipe dirigée par Ulrich Orth, à l'Université de Berne, a rassemblé toutes les études à long terme qu'elle a pu trouver sur l'évolution de l'estime de soi au fil d'une vie. Résultat : 331 échantillons, 164 868 personnes de 4 à 94 ans, publié dans Psychological Bulletin. En moyenne, l'estime de soi monte pendant l'âge adulte et atteint son plus haut niveau entre 60 et 70 ans environ.
J'aime cette étude parce qu'elle est plate. Pas de flafla. Juste beaucoup de monde suivi pendant beaucoup d'années. Et la courbe monte pendant la majeure partie de la vie adulte.
Une moyenne cache du monde, par contre. Bien des gens restent loin en dessous de la ligne. Si vous avez passé des décennies sans savoir pourquoi vous étiez « bizarre », à exploser contre les autres puis à vous haïr après, ou à consommer pour faire taire votre tête, la moyenne ne console pas grand-chose. Il faut quelque chose à faire, concrètement.
Pourquoi la mienne a été si basse si longtemps
Pendant cinquante ans, je ne savais pas que j'avais un TSA. J'avais les tics, les habitudes, les obsessions, des passions que personne d'autre ne semblait avoir. Quelque chose clochait et personne n'avait de nom pour ça, alors j'ai rempli le blanc moi-même. Le mot que j'avais choisi ressemblait à « défectueux ».
Puis il y avait les robplosions. C'est un ami qui a inventé le mot il y a presque 20 ans, quand je dirigeais Raincity Studios à Vancouver. Ça voulait dire moi qui pète les plombs et qui explose sur le monde quand un problème arrive. L'explosion était laide. La honte après était pire, et elle restait beaucoup plus longtemps. (J'en parle dans pourquoi j'explose pour des riens.)
Ajoutez la dépression et la drogue. Puis ma manie de tout saboter juste quand ça commence à bien aller. Tout ça s'empilait comme des preuves de plus.
Ce que le diagnostic a changé, et ce qu'il n'a pas changé
Recevoir un diagnostic de trouble du spectre de l'autisme (TSA) à 50 ans n'a pas réglé mon estime de moi. Je veux être honnête là-dessus. Je ne suis pas sorti de l'évaluation en m'aimant.
Ce qu'il a fait, c'est changer l'explication. « Défectueux » a été remplacé par « autiste, pas diagnostiqué pendant 50 ans, en train de masquer tout ce temps-là ». La deuxième phrase, c'est pas mal plus facile d'avoir de la compassion pour elle. C'est la même vie. Elle se lit autrement.
Ce qui m'aide, lentement
Rien de ça n'est un programme. C'est ce que je remarque qui fonctionne sur moi, plus ou moins, les jours où je le fais.
Confronter la pensée aux faits. La page du NHS sur l'estime de soi (en anglais) propose d'écrire les croyances négatives qu'on a sur soi, puis de chercher les preuves du contraire. Ça a l'air d'un devoir. Ça en est un, un peu. Mais la voix dans ma tête est un très mauvais témoin. Elle n'apporte jamais de preuves. J'en ai une que je ressors souvent : ça fait seize ans que je n'ai pas touché à la cocaïne ni à l'héroïne. Quelqu'un qui ne vaut rien n'arrive pas à faire ça.
L'autocompassion, même si ça m'a fait rouler les yeux. Kristin Neff, la chercheuse qui a créé l'échelle d'autocompassion, la décrit comme le fait de se traiter comme on traiterait un ami qui passe un mauvais moment. Ma première réaction a été de rouler les yeux. La deuxième, un bout de temps plus tard, a été de remarquer que je ne parlerais jamais à un ami comme je me parle à moi. Jamais. Cet écart-là en dit long.
S'aimer (Self-Compassion)
Kristin Neff
Mon avis. La honte nourrissait ma consommation et mes explosions. Voici l'antidote, appuyé par la recherche. Ça a l'air mou. Ça l'est pas.
À savoir. Certains bouts sonnent comme un discours de motivation. Faites les exercices quand même.
De petites promesses, tenues. Je ne crois plus aux grandes résolutions. Je pars les projets avec une énergie folle, puis je m'effondre, alors une grosse promesse envers moi-même, c'est surtout la recette pour un autre « tu vois, tu ne finis jamais rien ». Les petites marchent mieux. Aller marcher. Répondre au courriel. Fait. C'est un petit dépôt, mais l'estime de soi a l'air de se bâtir avec des dépôts, pas avec des discours.
Ne pas mesurer avec le succès. Celle-là m'a surpris. J'ai toujours pensé que l'estime de soi viendrait des réussites. J'en ai eu quelques-unes. Elle n'est pas venue. Quand le succès arrive, j'ai tendance à reculer ou à saboter (j'en parle ici). Pour moi, bâtir l'estime de soi sur les victoires, c'est bâtir sur du sable.
Ce qui ne marche pas pour moi : les affirmations devant le miroir. J'ai essayé. J'avais l'impression de mentir à un gars qui n'est pas dupe.
Quand aller chercher de l'aide
Si la faible estime de soi dure depuis des années et qu'elle tire votre humeur vers le bas, ça vaut la peine d'en parler à un professionnel. La TCC fait partie des approches qui ont de bonnes preuves pour ça, et un psychologue peut vous aider à voir ce qu'il y a en dessous. Au Québec, vous pouvez commencer par votre médecin ou un CLSC, ou appeler Info-Social 811.
Et si c'est passé de « je ne m'aime pas trop » à vous haïr pour vrai, lisez quand on se déteste. C'est une autre place, et elle mérite de la vraie aide.
Je n'ai pas fini avec ça. Certains jours, la voix gagne encore. Elle gagne moins souvent qu'avant.
Si quelque chose ici pèse lourd en ce moment, la page Besoin d'aide maintenant donne les numéros pour votre région.