Des passe-temps, je n'en ai pas vraiment. J'ai des obsessions.
L'écriture de fiction. La conception de jeux. La photo. La plongée, qui m'est rentrée dans la peau au point où j'ai fini par bâtir une entreprise de plongée en Indonésie. Chaque fois, ça arrive comme un train de marchandises, ça prend toute la place dans ma tête pendant des mois ou des années, et ça me donne quelque chose que rien d'autre ne me donne : quelques heures où le bruit arrête.
Alors, un passe-temps peut-il améliorer la santé mentale? Oui. J'irais plus loin : pour bien des personnes autistes, les intérêts spéciaux, c'est le système de régulation. C'est mon opinion, pas une conclusion clinique. Mais l'Autistic Self Advocacy Network, un regroupement géré par des autistes, décrit ces intérêts intenses « que les autres ne comprennent pas » comme une partie normale de l'autisme, pas comme un défaut à corriger. Par contre, il y a un piège. J'y arrive, parce que ce piège-là a failli me sortir du jeu plus d'une fois.
Est-ce qu'un passe-temps peut vraiment aider la santé mentale?
La version officielle, plate : quand on est en dépression, l'Organisation mondiale de la Santé conseille d'essayer de continuer les activités qu'on aimait avant. C'est dans ses conseils d'autosoins, à côté de l'activité physique, d'un horaire de sommeil régulier et du contact avec ses proches. Pas glamour. Pas mal solide.
Ma version à moi : quand je suis plongé dans quelque chose, mon anxiété baisse le volume. Elle ne disparaît pas, elle baisse. La partie de mon cerveau qui scanne chaque pièce à la recherche d'un danger s'occupe plutôt de la façon dont la lumière frappe l'eau, ou de savoir si une mécanique de jeu est brisée, ou de pourquoi un personnage ne dirait jamais cette réplique-là. C'est le seul moment où je n'ai pas l'impression de jouer un rôle.
Un passe-temps donne quelque chose que la thérapie a de la misère à donner directement : une petite victoire qu'on peut voir. Dans une mauvaise semaine, une photo réussie ou une page d'histoire, c'est la preuve que mon cerveau marche encore.
C'est quoi, un intérêt spécial, et pourquoi c'est important chez l'adulte autiste?
Un intérêt spécial, c'est un passe-temps avec le bouton tourné au maximum. T'aimes pas juste la photo. Tu lis sur les traitements de lentilles à minuit. Tu ne fais pas juste de la plongée. Tu apprends le nom de chaque nudibranche de la baie et ça t'énerve quand le monde appelle ça des limaces de mer.
Pendant cinquante ans, j'ai pensé que c'était une autre affaire qui faisait de moi un gars bizarre. Le monde me disait « t'es tellement passionné » sur le ton qu'on prend pour un gars qui collectionne les capsules de bière. Après mon diagnostic de TSA, j'ai commencé à voir ça autrement. Mes intérêts n'étaient pas une distraction de ma vie. Certaines années, c'est ce qui m'a tenu debout.
C'est aussi un outil pour me calmer. Quand le monde est trop fort, retourner à la chose que je connais par cœur, c'est un peu comme rentrer chez nous et barrer la porte.
Le piège : le boom, puis la débarque
Voici l'étiquette d'avertissement.
Je commence les affaires avec une énergie folle, puis je m'écrase. À chaque fois. Un nouvel intérêt arrive, je dors quatre heures par nuit parce que je suis trop allumé pour arrêter, j'achète l'équipement, j'en parle à tout le monde, je bâtis la chose. Quelques mois plus tard, le réservoir est vide, la honte arrive, et le projet à moitié fini me regarde du coin de la pièce.
J'en parle plus dans le boom, puis la débarque et dans l'hyperfocus, puis le crash. En résumé, un intérêt spécial peut être un remède et de l'essence en même temps. Si t'es autiste et que t'as déjà fait un épuisement autistique, regarde ce qui t'obsédait juste avant.
Ce qui m'aide maintenant :
- Un arrêt fixe. Une minuterie, ou la règle d'arrêter quand la lumière tombe. Je ne l'écoute pas toujours.
- Manger et dormir d'abord. Ça a l'air niaiseux. Quand je suis accroché, j'oublie les deux.
- Accepter le pas-fini. Un projet abandonné, ce n'est pas une faute morale. Certains intérêts sont saisonniers. Les miens, en tout cas.
- Le dire quand je suis dans le boom. Si Sandra, ma conjointe, me fait remarquer que ça fait neuf jours que je suis dessus sans arrêt, c'est probablement vrai.
Quand le passe-temps cache autre chose
Il existe une version de tout ça qui n'est pas saine, et je l'ai vécue.
Des fois je plonge dans un projet parce que ça me fait du bien. Des fois je plonge dedans parce que c'est un endroit où personne ne peut me rejoindre, y compris la personne avec qui je vis. Même activité, raison différente. De l'extérieur, ça ne se voit pas. De l'intérieur, je le sais d'habitude, si je suis honnête, et l'honnêteté n'est pas mon sport le plus fort.
Mon petit test : après quelques heures sur la chose, est-ce que je me sens plus moi-même, ou moins? Est-ce que je reviens vers mon monde avec plus à donner, ou est-ce que j'évite une conversation? Si c'est la deuxième option pendant des semaines, le passe-temps est devenu une cachette. Pas besoin de tout lâcher. Ça vaut peut-être la peine d'en parler à quelqu'un, par contre.
Même chose pour tout ce qui commence à manger ton argent, ton sommeil ou tes relations. Le jeu vidéo, le jeu d'argent, l'achat compulsif de matériel que tu n'utiliseras jamais. Une passion sans freins peut virer en compulsion, et ça, ça vaut la peine d'aller chercher de l'aide.
Qu'est-ce qui fait qu'un passe-temps fait du bien?
Ceux qui m'aident le plus me font travailler les mains et laissent quelque chose que je peux regarder après. Points bonis s'ils me sortent dehors, ce qui, vu à quel point j'évite de sortir, n'est pas rien.
Si tu veux commencer petit et pas cher, un livre de coloriage pour adultes marche mieux qu'on pense. Une page, des crayons, vingt minutes. Pas de talent, rien à gagner, et si ça va bien, une tête plus tranquille.
Le Livre à colorier de La Petite Nation (The La Petite Nation Colouring Book)
Robert Scales
Mon avis. Oui, c'est le mien. Vingt-huit animaux qu'on trouve pour vrai dans le coin, du castor au lynx, une page bilingue sur chacun, puis une pleine page à colorier. Fait pour ralentir.
À savoir. Pour être clair : c'est moi qui l'ai fait, alors j'en profite deux fois. Format carré 8,5 x 8,5 po, français et anglais dans le même livre.
La photo, c'est une autre porte facile. N'importe quel appareil fait l'affaire, le téléphone aussi. Va marcher, photographie une seule chose, une couleur ou une forme. Ça t'oblige à regarder au lieu de penser, et c'est justement le but.